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Succès de la trilogie danoise Pusher à Paris

07/08

La sortie simultanée, le 26 juillet, des trois épisodes de la trilogie Pusher est un succès et une nouvelle preuve du potentiel du cinéma de genre européen. Les trois films ont réuni 4 548 spectateurs en première semaine à l’UGC Ciné Cité les Halles.


La sortie de la trilogie Pusher en France était attendue, et ce d’autant plus que le succès au Danemark du premier épisode, qui ne devait à l’époque pas avoir de suite, date de 1996.

Pusher était le premier film spontané d’un jeune réalisateur autodidacte de 26 ans, Nicolas Winding Refn, plus influencé par l’âge d’or du polar américain et le cinéma d’horreur que par les grands auteurs européens. Important succès au Danemark (près de 190 000 entrées), il n’a cependant connu une distribution commerciale qu’en Finlande, en Suède, en Espagne et au Royaume-Uni. Le cinéaste se laisse ensuite porter par une envie de cinéma moins commercial et réalise Bleeder en 1999 (90 000 entrées au Danemark et une distribution en Norvège et en Suède) puis Fear X en 2003, dont le relatif échec l’incitera à donner une suite à son tout premier film. Endetté pour ce film, le cinéaste donne suite à Pusher en produisant successivement Pusher 2 (2004) et Pusher 3 (2005).

Chaque épisode, qui suit caméra à l’épaule un personnage central qui provoque sa propre perte en prenant les mauvaises décisions, fonctionne séparément. Mais l’homogénéité de la réalisation, la place laissée aux acteurs non professionnels, l’importance donnée à la description d’un univers social et l’évolution du réalisateur, dont le style va d’un film à l’autre vers plus de désillusion, donne son sens à la notion de trilogie.

Le premier Pusher suit ainsi un petit dealer qui tente un coup trop gros pour lui et se retrouve dans une situation inextricable, entre la nécessité de rembourser un trafiquant serbe et la tentation de fuir avec sa copine. Il fera bien sûr tous les mauvais choix. Le second épisode ajoute le duo père-fils à une trame similaire. Tonny, interprété par Mads Mikkelsen (star au Danemark, interprète des Bouchers verts et de Adam’s Apples) sort de prison pour découvrir qu’il a un fils et, tout en sentant naître de l’affection pour le bébé, tente de se faire lui-même aimer de son père, un chef de gang qui le considère avant tout comme un minable. Ce retour du réalisateur « aux affaires » fut un succès au Danemark (160 000 entrées) mais n’a guère été suivi d’une distribution importante à l’étranger. Enfin, Pusher 3 (seulement 38 000 entrées au Danemark en 2005) fait le portrait de la fin de règne du trafiquant serbe du premier film, le jour de l’anniversaire de sa fille. Plus sombre que les deux films précédents, ce dernier volet met en valeur la place des communautés étrangères dans une capitale danoise qui, dans les trois films, semble avant tout le terrain de jeu de petits malfrats évoluant dans un monde parallèle où tous les coups, surtout les plus nuls, sont permis.

La sortie conjointe des trois films sur un seul jeu de copies à l’UGC Ciné Cité Les Halles reste bien sûr modeste mais son petit succès (4 548 entrées en une semaine en plein été et malgré un nombre limité de séances, de 1 916 entrées pour le premier à 948 pour le troisième) montre une nouvelle fois le potentiel d’un cinéma de genre européen. Les résultats, ces dernières années, du film belge de Erik Van Looy La Mémoire du tueur (De zaak Alzheimer, 600 000 entrées en Belgique), du film autrichien Silentium de Wolfgang Murnberger (200 000 entrées en Autriche) des films français De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard (1 million en France et près de 100 000 au Royaume-Uni) et Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois (640 000 entrées en France, Label Europa Cinemas), ou, plus récemment, du film italien Romanzo Criminale de Michele Placido (800 000 entrées en Italie et 360 000 en France) sont ainsi quelques exemples de films policiers à succès, qui s’inscrivent toujours dans la réalité sociale de leur pays d’origine. En outre, nous pourrions évoquer le succès de plusieurs films d’horreur européens, notamment britanniques, tels The Descent de Neil Marshall (600 000 entrées au Royaume-Uni, 382 000 en France et 239 000 en Espagne) ou Creep de Christophe Smith (400 000 au Royaume-Uni et 174 000 en France). Tous titres qui, non contents de rencontrer un plus ou moins grand succès en salle, sont assurés, par leur genre, d’un avenir en vidéo.



Jean-Baptiste Selliez