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Italie – 4 exploitants Europa Cinemas dans la grève

21/10

Le 14 octobre, le monde du spectacle italien s’est mobilisé contre la réduction du budget du FUS, prévue dans la Loi de finances 2006. Cette journée de protestation a notamment été marquée par une grève des salles de cinéma, qui aurait pu être encore plus suivie si le nouveau film de Roberto Benigni (La tigre e la neve), n’était pas sorti le même jour.
Mise en perspective de cette journée avec 4 exploitants italiens membres d’Europa Cinemas.




Le 14 octobre, le monde du spectacle s’est mobilisé pour protester contre la coupe de 40% du Fonds Unique du Spectacle (FUS), prévue dans la Loi de finances 2006. Avec le slogan "Fermer un jour pour ne jamais fermer", de nombreuses salles de cinéma, des théâtres et des salles de concert ont choisi de rester fermés pendant 24 heures. D’autres ont maintenu leurs salles ouvertes tout en portant un brassard noir en signe de protestation.

La participation a été forte du côté des artistes, "finalement unis", comme  l’a remarqué l’acteur Massimo Ghini dans son intervention, et parmi les syndicalistes et les hommes politiques, qui ont été nombreux à prendre part à la manifestation nationale organisée par l'Agis (Association générale italienne du spectacle) près du Centre des Congrès Capranica de Rome. La protestation s’est ensuite poursuivie par un défilé qui a rejoint le Palais Chigi, guidé par Sabina Guzzanti.

Paradoxalement, le seul élément perturbateur fut le film de Benigni (qui a lui-même participé activement à la protestation et est intervenu au Capranica). La sortie d'un des titres les plus attendus de la saison (La Tigre et la neve) a failli compromettre la réussite de la grève des salles. Beaucoup d’exploitants, touchés depuis des mois par une crise de la fréquentation, n’ont pas voulu fermer leurs salles. Certains ont renoncé à la grève. D’autres ont décidé de se contenter d’annuler les séances de l’après-midi.

Quoi qu’il en soit, la Loi de finances est historique : en réponse à la coupe du FUS, le monde du spectacle s’est uni, mobilisant à la fois entrepreneurs, artistes et salariés.
(d’après La Repubblica)

4 exploitants du réseau Europa Cinemas témoignent ici, avant la grève, de leur volonté d’y participer.

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1 - Quel genre d’activités et de programmation développez-vous dans vos salles ?
2 - Participerez-vous à la grève, et pourquoi ?
3 - Quelle est, selon vous, la situation du cinéma italien aujourd’hui ?


Francesco Morsiani (Filmstudio 7B; Modena)

1 - La salle a un seul écran et fait partie d’une association culturelle qui existe depuis les années 50 et qui gère la salle depuis 1984. La programmation est purement art et essai. Depuis le lancement de la salle Truffaut, qui organise des conférences, des rencontres, le 7B se concentre sur les premières sorties art et essai, sauf le lundi, consacré aux films de l’année précédente qui ne sont pas sortis à Modena.
La situation de la ville de Modena est un peu particulière parce qu’il n’y a que 2 salles d’un côté (la nôtre et le Truffaut), toutes les autres étant gérées par un même propriétaire, qui détient une sorte de monopole. Il nous est donc toujours plus difficile de réussir à avoir des films qui nous intéressent et parfois, malheureusement, nous devons aussi projeter des films qui ne font pas partie de notre genre de prédilection. La situation de notre cinéma est précaire. Nous recevons une petite contribution de la ville de Modena, d’Europa Cinemas et du FUS, mais les salles à un écran sont toujours plus précaires en Italie car les coûts de gestion sont élevés.

2 - Nous participerons à la grève, pas pour les quelques sous qui nous manqueront, mais pour une question de principe et de morale. Nous voulons sensibiliser les gens à une réflexion sur le problème de la culture en Italie et c’est pour cela que nous nous unissons à toutes les représentations du spectacle de façon solidaire et convaincue. Dans notre ville, seules le Truffaut et le 7B feront grève.

3 - Selon moi, le cinéma italien aujourd’hui ne réussit pas à atteindre de grands résultats qualitatifs. Les contenus et les thématiques ne prennent pas de risque. Seuls 2 ou 3 films par an ont une certaine épaisseur. C’est pour cela que notre programmation se base sur une sélection art et essai, mais la majorité de ces films vient d’Europe, très peu d’Italie.


Salvatore Cordaro (Cinema Aurora, Cinema Igiea Lido ; Palermo)

1 - Nos salles programment presque uniquement des films d’auteur et bénéficient d’une bonne fréquentation car elles sont les seules dans la ville à projeter des films de qualité. Des activités parallèles aux projections sont organisées (animation, rencontres, avant-premières et autres événements spéciaux).

2 - Je participe à la grève parce que les  nouvelles mesures du gouvernement pénaliseraient principalement le cinéma de qualité et notre programmation en souffrirait directement. La réduction du FUS signifierait aussi une coupe radicale des financements destinés au circuit des salles art et essai dont nous faisons partie. Vendredi 14 octobre, nous fermerons le cinéma, le jour de la sortie du nouveau Benigni, qui était prévu dans nos salles. Je crois qu’il y aura une mobilisation presque totale des exploitants de cinéma, même des multiplexes.

3 - Aujourd’hui le cinéma d’auteur italien est beaucoup plus fort et incisif que le cinéma commercial dont le succès est lié avant tout aux festivités nationales.


Sergio Oliva (Anteo Spaziocinema ; Milano)

1 - Nos salles se fixent le but d’une programmation souvent accompagnée de rencontres, de débats et d’un cycle de leçons de cinéma données par le réalisateur lui-même. Notre cinéma veut être un point de rencontre et de confrontation.

2 - Nous participerons à la grève parce que, hormis les petites coupes qui frapperont les salles d’art et essai nationales, si les producteurs sont privés de soutien pour un certain type de cinéma, nous en souffrirons directement. De façon générale, on ressentira un manque d’enrichissement culturel. Pour faire face à ces coupes, il est d’ailleurs exclu que l’on puisse encore augmenter le prix du billet étant donné la concurrence effrénée de l’home vidéo, des chaînes satellite, etc.
Ces propositions dictées par le gouvernement ont été faites sans qu’ait été auparavant effectuée une vraie étude pour mieux comprendre quelles pourraient être les conséquences d’une telle décision. Il est extrêmement important que l’on affronte de façon claire et directe la question de l’importance de la culture dans notre pays. Est-ce que cela contribue au développement de notre pays ?
La participation à la grève n’est pas totale et n’implique pas tous les exploitants de cinéma : les multiplexes par exemple se montrent peu intéressés puisqu’ils seront moins frappés par la nouvelle Loi de finances.

3 - Les coupes prévues par la nouvelle loi de finances vont porter atteinte à la production en général, mais il est logique que les cinématographies moins connues en pâtissent le plus, puisque les blockbusters auront plus de facilité à trouver des fonds ailleurs.


Dario Salvatori (Cinema Olimpia, Cinema Quattro Fontane (Circuito Cinema) ; Roma)

1 - Nos salles ont une programmation art et essai. Elles ont un bon retour du public qui s’est fidélisé. Quattro Fontane, en plus d’organiser beaucoup d’activités pour les écoles, se prête à de nombreuses projections de presse et à des rencontres et débats avec des acteurs et réalisateurs.

2 - Tout Circuito Cinema participe de manière compacte à la grève. La protestation ne concerne pas seulement la petite coupe des financements que nous pourrions subir, mais est en réalité un mouvement de solidarité avec le monde du spectacle italien. Naturellement, au niveau du cinéma, ce seront les films art et essai et les premières œuvres qui seront le plus pénalisés, et par conséquent notre programmation sera affaiblie.
Il y a une grande confusion sur la participation à la grève parmi les exploitants, en particulier pour les multiplexes qui sont naturellement moins touchés par le nouveau plan. En réalité, en Italie, l’exploitation est très fractionnée et il est difficile d’avancer des politiques communes.
La sortie du film de Benigni représentera sûrement un élément de dissuasion pour la participation à la grève, surtout pour les petites villes.

3 - La production italienne est faible. Seuls 2 ou 3 films italiens font l’événement chaque année.


Entretiens réalisés par Silvia Ricciardi, avec la collaboration de Isabelle Hervouët, Octobre 2005

Images : Anteo Spaziocinema