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Les Actions - 24/06/2011

 

Retour sur le Festival de Cannes : 5 films européens en ligne

 

Non content d’être le festival de films le plus prestigieux et le plus grand marché du film au monde, le Festival de Cannes est aussi la meilleure opportunité pour découvrir les films d’auteurs qui feront l’actualité dans les mois à venir.  Aussi, de retour du festival et à tête reposée, nous avons voulu mettre en avant, ici, cinq films européens qui nous ont plu et qui, nous l’espérons, trouveront le chemin des salles et du public, en Europe et au-delà.

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Oslo, August 31st (Joachim Trier, NO)
Un Certain Regard

Aux deux tiers du second long métrage de Joachim Trier, quelques personnages enfourchent les vélos et, dans le silence de l’aube, filent le long d’une avenue déserte. Dans ce moment de suspension, au milieu de la ville, on oublie ce qui s’est dit un peu plus tôt. On peut croire, alors, que le personnage de Anders, au contact d’une jeune femme pleine de sérénité qui l’invite à se baigner, va reprendre goût à la vie. Mais il ne se baignera pas et le jour prochain se lèvera sans lui.
Certes, avec son sujet adapté d’un roman de Drieu la Rochelle, déjà mis en images en 1963 par Louis Malle, Oslo, 31 août, ne se présente guère comme un film facile. Après Reprise, plusieurs fois primé et sorti dans une bonne dizaine de pays, Joachim Trier approfondit, avec les mêmes acteurs, les thèmes du sens de la vie et de la création en se faisant encore plus radical : son personnage, ici, ne s’en sortira pas.
On aurait pourtant voulu y croire, lorsque ce trentenaire quitte au petit matin le bâtiment où il suit sa cure de désintoxication pour se rendre à un entretien d’embauche. Il retrouve des amis de son passé, au cours de ce film qui est aussi une ballade d’une journée et une nuit à travers la capitale norvégienne, tandis que l’été se termine.
Si le film demeure en tête, c’est peut-être parce qu’il accorde toute son attention à son personnage central, de tous les plans, en lui donnant le droit d’exister dans ses contradictions. Au cours de cette journée, Anders essaiera de parler, mais aucune conversation ne sera suffisante. En laissant supposer qu’une phrase aurait peut-être pu changer cette journée, tout en suggérant aussi le caractère inéluctable de la trajectoire d’Anders, le film donne peut-être à voir la fragilité de nos vies. Ce qui en fait le prix.

Ventes : The Match Factory

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Bullhead (Rundskop, Michael R. Roskam, BE)
Cannes Market

Présenté dans la section Panorama de la Berlinale 2011. Bullhead est un film surprenant. Il s’ouvre comme un thriller, les pieds dans la boue, peuplé d’une galerie de personnages haut en couleur. Jacky notamment, fils d’agriculteur flamand, y est un homme à la carrure  imposante  qui n’hésite pas à contraindre physiquement les clients à se fournir chez lui. Un inspecteur se fait assassiner et, tandis que l’enquête, non dénuée d’humour lorsqu’elle passe la frontière avec la Wallonie, s’intéresse de près à Jacky pour ses liens avec la mafia des hormones animales, celui-ci se rappelle un passé douloureux. 
Ce premier long métrage, qui s’appuie sur une affaire de trafics réelle, a l’envergure d’un autre polar flamand, La mémoire du tueur. Mais, s’il en a l’efficacité, Bullhead s’en démarque en basculant, en son milieu, du thriller vers la tragédie. En un flash-back, nous découvrons un Jacky, enfant, qui n’a pas grand-chose à voir avec la brute taciturne qui s’injecte aujourd’hui de la testostérone dans les fesses. Cet enfant heureux aurait pu devenir un chic type. La tragédie qui l’a mené à ne plus avoir que la force comme moyen d’expression est exposée quelques séquences plus loin. Dès lors, c’est un autre personnage que nous suivons : un homme qui aurait dû en être un autre, coincé dans un corps et une identité qui ne sont pas les siens. Ramené brutalement en arrière, et tandis que l’étau se resserre sur lui, il va essayer de recoller, maladroitement, avec cette vie qu’il n’a pas eue.
Porté par la composition du comédien Matthias Schoenaerts, bodybuildé pour l’occasion, Bullhead est sorti en Belgique et aux Pays-Bas.

Ventes : Celluloid Dreams

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Stopped on Track (Halt auf freier Strecke, Andreas Dresen, DE)
Un Certain Regard    
                                                        
Depuis quelques années, la réputation de Andreas Dresen ne cesse de grandir. Réalisateur à succès en Allemagne, où Un Eté à Berlin avait attiré près d’un million de spectateurs, il a connu une distribution internationale assez large avec Wolke 9, déjà sélectionné à Un Certain Regard, puis a réalisé une bonne comédie dramatique, Whisky mit Vodka, sur les affres sentimentales de comédiens vieillissants.
On peut prédire à son nouveau film, Arrêt en pleine voie, une carrière dans les salles art et essai, dans la mesure où la matière, et le résultat, sont forts. Un père de famille en pleine forme, qui vient d’emménager avec femme et enfants, se découvre atteint d’une tumeur au cerveau incurable. Le film retrace ses derniers mois - sa colère, son désarroi, la réaction de ses proches - sans rien occulter de la cruauté de la situation, tout en se permettant un peu d’humour.
Le film est très largement improvisé par l’équipe - acteurs et techniciens ont conçu les dialogues – et ce sont de vrais médecins qui interviennent, ce qui renforce son côté réaliste.
Film bouleversant qui « affirme la vie face à la mort » (Screen International), Arrêt en pleine voie a remporté le prix Un Certain Regard. Il sortira en Allemagne en novembre.

Ventes : The Match Factory

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The Other Side Of Sleep (Rebecca Daly, IE, HU, NL)Quinzaine des Réalisateurs

Une forêt, un cadavre au côté duquel Arlene s’éveille au petit matin. Est-ce un rêve, la réalité ?

Arlene, somnambule depuis son enfance, travaille à l’usine d’une petite ville irlandaise. Lorsqu’une jeune femme est assassinée, ses troubles reprennent et elle replonge dans la disparition de sa mère, vingt ans plus tôt. Elle se lie à la famille de la jeune femme et devient de plus en plus proche de la sœur de la morte et de son petit ami, tandis que tout autour, dans la petite communauté, les conversations fantasment sur la recherche du tueur.

Ce premier film d’une réalisatrice irlandaise peut laisser penser, en  son début, qu’il va jouer sur la frontière entre le rêve et la réalité. Or, si l’on se contente de regarder ce qui nous est donné à voir, il n’en est rien. Arlene rêve-t-elle ? Arlene va-t-elle si mal qu’on peut le penser ? Oui, elle paraît perturbée par ce qui resurgit de la mort de sa mère. Oui, elle se fait peut-être un peu trop proche de la famille de la défunte. Mais pour autant, peut-on lui reprocher un comportement anormal, surtout en comparaison de ceux qui l’entourent ? The Other Side of Sleep saisit un personnage dont nous ne saurons même pas s’il est ambigu ou non. Si elle-même et la plupart des personnages principaux paraissent suspects chacun leur tour, ce n’est peut-être pas tant parce que nous les voyons à travers le regard d’une jeune femme qui ne va pas très bien, que parce que nous voulons les voir ainsi, de la même manière que les habitants s’interrogent sur l’identité du tueur.

Le film parvient à la fois à s’inscrire dans un réel très concret, une petite ville lambda, tout en laissant filtrer une étude psychologique qui paraît plausible. Inspiré par un fait divers, il se révèle être une étude des fantasmes qui saisissent une communauté après un crime. Tout en donnant une demi réponse au fait divers, il laisse planer un doute, après la vision, sur l’identité du meurtrier et sur les ressorts du personnage central.

 

Ventes : Memento Films International

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Blue Bird (Gust Van den Berghe, BE) Quinzaine des Réalisateurs

Un an après Petit Bébé Jésus de Flandr, Gust Van den Berghe a présenté à la Quinzaine le deuxième volet de sa trilogie sur la naissance, la route et la mort. Adaptation d’une pièce de théâtre de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, Nobel de littérature en 1911, Blue Bird aborde  le thème de l’enfance et de la perte de l’innocence en mettant en  scène, au cours d’une journée, le voyage initiatique de deux jumeaux d’un village togolais, Bafonkadié et sa sœur Téné, qui partent à la recherche de leur oiseau égaré. 

Le jeune réalisateur belge continue à faire preuve d’originalité avec ce film tourné en scope et réalisé en bleu monochrome, dont l’esthétique, qui peut évoquer le cinéma japonais, nous plonge dans un univers onirique, une atmosphère de rêve, de conte. Au cours de ce road movie très « artistique », les deux enfants auront accès à des mondes invisibles où ils retrouveront notamment leurs grands-parents morts et auront accès au futur.

Film plein de charme, intrigant, Blue Bird sera, selon Screen, un défi intéressant pour les distributeurs et séduira sans doute le public de nombreux festivals.

Ventes : The Coproduction Office

Jb Selliez, Flora Anavi