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Les Actions - 04/12/2009

 

Festivals gays et lesbiens : les salles au cœur du dialogue social

 

Le cinéma gay et lesbien, miroir des évolutions de la société.

Ce qui était quasi clandestin il y a à peine 30 ans est devenu une réalité : de nombreux festivals gay et lesbiens font aujourd’hui partie intégrante du paysage cinématographique, souvent accueillis par des salles indépendantes, notamment membres du réseau Europa Cinemas.

Du coté des festivals internationaux, la Berlinale décerne depuis vingt ans le Teddy Bear, qui récompense un film à thématique LGBT tandis que la Mostra de Venise a crée depuis trois ans le Queer Lion.

Depuis 2000, plus d’une dizaine de festivals spécialisés ont émergé. Les salles Europa Cinemas qui les organisent offrent ainsi aux débats de société un véritable espace pour s’y développer et s’y enrichir.

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Présents aujourd’hui dans pratiquement tous les pays d’Europe, les festivals gays et lesbiens ont connu une explosion dans les années 1980, accompagnant la libération des mœurs.

A la fin des années 70, alors qu’ils peuvent difficilement afficher une vie en couple, les homosexuels organisent des projections spéciales, souvent suivies de débats. Le premier festival en Europe, véritable manifeste contre toutes les formes d’enfermement subies par les homosexuels, prend place en 1977 dans le cinéma l’Olympic, à Paris. Avec plus de 5000 spectateurs, cette première édition est un succès, relate à l’époque le quotidien Libération. L’annulation de la seconde édition du festival, prévue à La Pagode un an plus tard, met cependant en lumière les crispations de la société française sur cette thématique. En France, il faudra attendre les années 1990 pour assister à des manifestations plus régulières comme le Festival du Film Lesbien et Féministe de Paris, ou le Festival du Film Gay et Lesbien de Paris.

Au milieu des années 80, ce sont les autres pays européens qui prennent le relais. Les premiers festivals, comme celui de Turin - De Sodome à Hollywood - de Londres - Lesbian and Gay Film Festival - de Ljubljana - Ljubljana Gay and Lesbian Film Festival - ou encore de Bruxelles -  Festival Gay et Lesbien de Belgique -  voient ainsi le jour en 1985 et 1986.

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Depuis, de nombreux festivals s’organisent, accueillis par des salles du réseau de plus en plus investies par ces questions à la fois esthétiques et sociétales.

L’année dernière, à Toulouse, ce sont les salles ABC et Utopia Latin (membres du réseau) qui ont ainsi accueilli le premier festival gay et lesbien de la ville. A Paris, c’est à l’Archipel, également membre, qu’a eu lieu le premier festival trans – Festival identiT. Au Danemark (Gloria Biograf, à Copenhague), en Autriche (Filmcasino, Vienne), en Finlande (Niagara, Tampere), en Norvège (Vika Kino, Oslo), en Irlande (Light House Cinema, Dublin), en Allemagne (City Kinos, Munich), en Suisse (Arthouse Le Paris, Arthouse Movie, Zürich), au Royaume-Uni (BFI Southbank, Londres), ou encore en République Tchèque ou en Slovaquie (voir ci-dessous), des festivals témoignent ainsi de l’importance que revêtent les films gays et lesbiens aujourd’hui.

Au total, on dénombre au moins 13 festivals gays et lesbiens en France et 10 en Espagne !

Associant souvent rencontres, débats, rétrospectives, à l’image du Queer Up North à Manchester, ces festivals font souvent preuve de créativité et de dynamisme. Ce dernier, premier festival international queer, accueilli par le Cornerhouse, membre du réseau, présente ainsi un programme original alliant toutes les formes d’arts.

 « Des rendez-vous cinématographiques originaux sur une thématique liée à l’homosexualité »

 Comme nous l’explique Antoine Blanchard, président du festival gay et lesbien de Saint-Etienne, organisé en partenariat avec le cinéma Le France, les festivals gays et lesbiens s’adressent au plus grand nombre malgré leur programmation ciblée. Yves Bourgeay, qui dirige la salle, précise qu’il s’agit, avec le festival, de défendre « les minorités cinématographiques et sociales ». Certes, programmer un film du festival en même temps qu’une séance pour les enfants dans une autre salle n’est pas sans poser problème (!). Mais depuis Brokeback Mountain (Ang Lee, US) le festival programme plus facilement des films à thématique homosexuelle qui peuvent s’adresser au grand public. Le festival propose désormais des rencontres avec les scolaires et des films tous publics sont distribués (Tu n’aimeras point, Haim Tabakman, IL, Country Teacher, Bohdan Sláma, CZ). Les films marginaux abordant des sujets plus durs ou plus spécifiques sont projetés à partir de dvd. Le public, à l’écoute, augmente d’année en année.

 Ces manifestations, « rendez-vous cinématographiques originaux sur une thématique liée à l’homosexualité » selon Antoine Blanchard, ne visent certes plus, comme à leur origine, à « sortir de l’aliénation, construire une culture et penser le politique ». Mais la multiplication de ces festivals dans les années 2000 – pas moins de 8 nouveaux festivals en France –  témoigne de leur rôle actuel dans le dialogue social, au moment, précisément, ou le cadre législatif évolue. Comme l’expriment les organisateurs du festival de Toulouse, « la route est encore longue avant la reconnaissance des droits des homosexuels ».

« Hétéros comme gays et lesbiens viennent assister à une projection exigeante »

C’est cette même exigence qui a poussé, il y a dix ans, Aleš Rumpel et son équipe à créer le festival gay et lesbien Mezipatra, en République Tchèque. Comme il nous l’explique, « chacun a besoin de pouvoir se refléter dans une représentation artistique. Il est tout à fait légitime, surtout lorsqu’on grandit dans un univers où les codes et les représentations sont uniformément hétérosexuels, de maintenir un espace d’expression et de réalisation pour chacun ». Ce festival porte alors bien son nom puisque Mezipatra se traduit par mezzanine en Tchèque. Entre deux étages … entre deux, qui laisse libre de choisir.

Ce festival se veut donc libre et ouvert : « Le festival est avant tout un évènement culturel. Notre audience est mixte, hétéros comme gays et lesbiens viennent assister à une programmation exigeante, riche et diversifiée » de nombreux pays européens. Chaque année, un thème est choisi, fil rouge des projections et des débats organisés. Pour l’édition 2009, du 23 octobre au 8 novembre, le festival aborde « Les questions de genre » et revient sur « les idées souvent préconçues et normatives de ce que doivent être un homme ou une femme ».

Avec une centaine de films, de nombreux partenaires et invités, ce festival confirme la position de Mezipatra comme plus grand festival de ce genre en Europe Centrale et Orientale. De nombreuses salles Europa Cinemas, en Tchéquie et Slovaquie, se font le relais de ces débats sociaux et de ces exigences artistiques. Scala et Art, à Brno, Lucerna et Kino Svetozor à Prague, Kino Kotva à Ceske Budejovice et Filmovy Klub Charlie Centrum, à Bratislava, offrent leurs espaces aux « queer café », aux séminaires et conférences organisés en parallèle des projections.

A la frontière « du public et du privé », ces cinémas d’Europe Centrale montrent le rôle primordial des salles du réseau, espace de reconnaissance pour toutes les « minorités artistiques ». Les festivals LGBT rendent hommages et images à la vitalité du cinéma gay et lesbien dont nous vous proposons par ailleurs une tentative de typologie sur notre site Europa Cinemas.

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A lire également sur notre site : le cinéma gay et lesbien, miroir des évolutions de la société

Images (de haut en bas) :

Queer up North

Festival International du Film Lesbien et Féministe de Paris

London Lesbian and Gay Film Festival

Festival du Film Gay et Lesbien de Paris

Festival IdentiT

Festival du Film Gay et Lesbien de Copenhague

Mezipatra

Festival du Film Gay et Lesbien de Ljubljana.