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Les Actions - 03/02/2014

 

Entretien avec Hrönn Sveinsdóttir, Directrice du Bíó Paradís à Reykjavik (Islande)

 

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Hrönn Sveinsdóttir, est membre du jury Europa Cinemas au prochain festival de Berlin. Elle nous présente ici les multiples activités de la seule salle art et essai d’Islande, entre éducation à l’image, festivals et tournée dans les villages. 

1. Pourriez-vous décrire le cinéma Bíó Paradís, son profil et ses activités?

Le Bíó Paradís a été fondé en 2010 par l’Association des Réalisateurs Islandais, le Syndicat des Réalisateurs d’Islande et l’Association des Producteurs de Film Islandais Organisation à but non lucratif, le Bíó Paradís  a pour objectif d’accroître la culture cinématographique et de soutenir l’éducation à l’image en Islande.

Le Bíó Paradís est la première salle art et essai d’Islande. C’est le seul cinéma situé en centre-ville qui programme des documentaires et des courts-métrages islandais. La programmation présente  majoritairement des films islandais, européens et américains indépendants, et de manière ponctuelle des rétrospectives de films classiques, ainsi qu’une programmation pour le jeune public.

Nous accueillons de nombreux événements annuels dont nous sommes très fiers. Les plus importants sont: le Reykjavik Film Festival, le Reykjavík International Children’s Film Festival, le Reykjavik Short Film Days, le Reykjavík Shorts & Docs, les German Film Days, les Polish Film Days, l’Indian Film Festival et le European Film Festival Iceland.

2. Que propose le cinéma Bíó Paradís  aux habitants de Reykjavik?

Le service le plus important proposé à la communauté est le programme scolaire du cinéma. Le programme s’étend sur 9 semaines chaque semestre à l’attention des élèves du primaire, des collèges et lycées. Nous proposons par ailleurs des classes de culture cinématographique au sein du cinéma incluant une projection de films, du matériel pédagogique et des projets pour les étudiants. Ce programme accueille 8 000 étudiants par an. Bíó Paradís est également le seul cinéma qui accueille une grande variété d’événements culturels et de films du monde, comme des films cubains ou roumains; ces événements n’avaient pas de lieu d’accueil avant la création de la salle. Avec son arrivée, le nombre de films non-américains projetés en Islande a triplé, et ces films représentent aujourd’hui 27% des films projetés dans le pays. La salle n’est toutefois pas une menace pour les multiplexes et les distributeurs, dans la mesure où elle ne représente que 2,9% des parts de marché entrées du pays.

3. Comment pourriez-vous définir la situation de l’Islande pour ce qui est de la distribution de films et de l’accès aux films européens ?

Nous rencontrons des difficultés en termes d’accès aux films européens et aux films en général car les seuls distributeurs dans le pays sont les exploitants eux-mêmes. En Islande, les distributeurs importent les films pour leurs propres salles de cinéma et n’ont pas d’intérêt particulier pour les films européens, à moins que les titres soient très connus ou rencontrent un succès international. De fait, nous devons agir en tant que distributeur et acheter les droits des films projetés au Bíó Paradís. Ceci est très coûteux surtout si l’on considère les frais d’édition et de promotion pour une sortie dans un seul cinéma. D’autre part, nous n’avons que rarement accès à des titres européens populaires car les droits sont souvent entre les mains d’un autre distributeur qui achète ces derniers pour ses salles. Nous espérons que cette situation s’améliorera avec le temps.

4. Dans quelle mesure, votre cinéma contribue-t-il à la promotion du cinéma européen?

Nous soutenons le cinéma européen toute l’année. Bíó Paradís a sorti 16 films européens l’an passé, et pour chacun d’eux nous avons essayé de développer des stratégies marketing innovantes en lieu et place d’une campagne de publicité onéreuse. Ces 3 dernières années, nous avons permis à un large public de voir des films européens grâce au buzz créé par les réseaux sociaux, la mise en place d’événements spéciaux et occasionnellement par la venue de réalisateurs. Notre plus grande promotion du cinéma européen se fait à travers le Festival du Film Européen d’Islande qui montre durant  10 jours de fête le meilleur des films de l’année. L’an passé, Agnieszka Holland était l’invitée d’honneur de notre festival. Notre festival international du film pour enfants a également un volet européen.

5. Diriez-vous qu’il vous est difficile en tant que cinéma indépendant art et essai, d’avoir accès aux copies des films?

Ça arrive. La chose la plus difficile est certainement d’expliquer aux vendeurs que vous allez sortir leurs films dans seulement un cinéma et que vous vous attendez à une fréquentation totale d’environ 100 à 600 spectateurs. Par exemple, un film art et essai porteur comme LA GRANDE BELLEZZA  n’a rassemblé que 340 spectateurs durant son exploitation en Islande. Les recettes ne couvrent souvent pas les coûts de copies et de publicité. J’aimerais travailler plus souvent avec des petits distributeurs afin de partager ces coûts qui sont souvent extrêmement élevés pour nous.

6. Qu’est-ce-que le numérique a changé pour vous en termes de programmation et d’accès aux films?

 Avant notre équipement, nous recevions non pas des copies mais des Blu-ray ou des copies Beta qui étaient projetés depuis notre projecteur HD. Maintenant, nous avons une bien meilleure qualité d’image mais malheureusement les copies sont beaucoup plus chères et leur sous-titrage revient 4 fois plus cher que celui des Blu-ray.

7. Vous êtes cette année jurée pour le Label Europa Cinemas de la Berlinale 2014: qu’attendez-vous du festival et des films de la sélection Panorama?

La Berlinale est mon festival préféré, j’y vois toujours de très bons films et j’y passe toujours un super moment. Je n’en attends pas moins cette année, d’autant que je vais avoir l’opportunité de voir tous les films européens de la section Panorama, qui est selon moi la meilleure. Je pense que la plus grande partie de notre programmation de l’année va se mettre en place durant ces 10 jours, du moins je l’espère. On la finalise généralement à Cannes avec quelques titres supplémentaires pour compléter.

8. Est-ce que de manière générale vous fréquentez les festivals?

Ces derniers temps oui, beaucoup, mais j’essaye maintenant de privilégier les plus petits événements pour me divertir, plutôt que d’assister aux gros festivals pour le travail. J’aimerais faire ça plus souvent, et y aller avec ma famille et mes amis.

9. Quel genre de films aimez-vous voir et programmer?

Je suis fan des films cultes, et nous avons un programme fantastique de films cultes et classiques à Bíó Paradís appelé BLACK SUNDAYS qui a lieu tous les dimanches soirs. Cette année j’ai aimé beaucoup de films et on a eu la chance de pouvoir projeter presque la totalité d’entre eux à Bíó Paradís PARADIS – BORGMAN, OH BOY, LA GRANDE BELLEZZA, CHILD’S POSE et beaucoup d’autres. J’aime les films qui témoignent d’une véritable maîtrise technique, qui sont clairs et qui savent mener visuellement une histoire. Si le réalisateur est assez audacieux, on peut alors trouver le petit plus qui fait cette différence et qui nous fait aimer un film. J’aime être surprise au cinéma.

10. Quels problèmes spécifiques avez-vous rencontré en 2013, si toutefois vous en avez rencontré, et comment se présente 2014?

Nos défis en 2013 ont principalement concerné le financement du cinéma et de l’équipement. Je pense que nous allons faire face cette année au même défi, mais cette fois-ci ce sera plus lié à notre programme ambitieux. Nos festivals prennent de l’importance et l’on développe constamment de nouveaux projets. L’été prochain par exemple, on prévoit de voyager avec un de nos projecteurs DCP à travers le pays et de projeter des films européens et islandais dans les petits villages qui n’ont pas de cinéma – c’est-à-dire la plupart des villages du pays et plus spécifiquement ceux situés dans les fjords les plus éloignés. Nous allons être sur les routes pendant longtemps, se rendre fous les uns les autres, comme un groupe de rock ! Après quoi, en automne, nous allons organiser notre premier festival de films international. Ça va être un énorme événement, très excitant et très stressant aussi, mais c’est un réel honneur d’avoir été sélectionné par la ville de Reykjavik pour organiser son festival.

Propos recueillis par Alizée Dallemagne et Laëtitia Kulyk (janvier 2014)