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Les Actions - 30/08/2016

 

Entretien avec Duncan Carson, The Independent Cinema Office

 

Le Festival du film de Sarajevo, en collaboration avec Europa Cinemas, a organisé il y a deux semaines un Atelier spécial (Lab) sur l’innovation et le développement du public, à destination des exploitants des Balkans. L’atelier, mené par Duncan Carson de The Independent Cinema Office (ICO), a eu lieu les 18 et 19 août et portait sur la programmation, le marketing et les médias sociaux. 

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« Nous devons fournir au public de bonnes raisons pour venir dans la salle, au-delà du seul argument de la qualité des contenus proposés. »

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ICO:

En quelques mots, quels sont les objectifs de ICO ?

Independent Cinema Office a pour ambition de favoriser une cinéphilie ouverte et ambitieuse au Royaume-Uni. Nous pensons que chacun devrait avoir accès à un cinéma qui nourrit l'âme et change la vie. Nous avançons dans cette direction en fournissant des services de programmation, de formation et de développement professionnel, de consulting, de distribution et plus généralement des conseils.

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Sur l’atelier:

Qu'avez-vous appris au cours de ce Lab à Sarajevo? Quels ont été les principaux thèmes de cette rencontre?

J'ai beaucoup appris! J'ai entendu beaucoup de choses qui résonnent avec nos réussites et les défis qui se présentent au Royaume-Uni en termes de participation des jeunes et d’extension de l’offre des cinémas. Pour avoir une idée des thèmes évoqués, n’hésitez pas à jeter un œil sur les présentations ici: https://www.dropbox.com/sh/ihq1vyc1ijgza9a/AABNJCfDA-IB6FCEFG69Jg7Sa?dl=0

Plus généralement, quels est votre point de vue sur les salles de cinéma d’Europe centrale et orientale, en particulier en ce qui concerne les marchés croates et bosniaques?

L’observation des recettes fait clairement apparaître une domination d'Hollywood (des blockbusters en particulier) dans la région, mais il y a de façon évidente des cinémas qui agissent avec succès pour compenser cette domination et offrir une véritable alternative. Il y a des signes encourageants, comme lorsque THE HIGH SUN prend des récompenses tout en parlant de la situation régionale. Les lieux qui montrent dans cette région le type de programmation que nous préconisons à ICO (productions locales, documentaires, cinéma du monde, expérimental et cinéma augmenté) sont proches de ce qu’on peut voir au Royaume-Uni : des centres culturels, des espaces indépendants soutenus publiquement et des espaces communautaires, ainsi que des cinémas à temps plein. Il y a quelques cinémas que je serais ravi de fréquenter (je pourrais tout à fait bouger à Rijeka pour être proche de l’Art Kino par exemple !).

Quelle mesure prendre pour les cinémas de ces pays?

Faire évoluer les goûts du public ne se fait pas du jour au lendemain. Cela nécessite l’engagement des salles, une stratégie de long terme et un vrai soutien de l’industrie. Même s’il existe d’autres approches, le financement public est très important pour encourager l’intervention des différentes catégories de la filière cinéma. Sans salles montrant des films régionaux, la production ne peut perdurer et vice versa. L'argent public peut être une incitation à tenter de nouvelles approches, de meilleures pratiques.  

Êtes-vous satisfait des échanges avec les participants? Allez-vous rester en contact avec eux?

Je suis déjà en contact avec certains participants pour développer nos relations et partager connaissances et expériences. Il y a beaucoup à apprendre, au Royaume-Uni, de ce qui a été fait dans les Balkans.  

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Royaume-Uni:

Quelle est la situation des salles art et essai au Royaume-Uni? Pensez-vous que les distributeurs sont en difficulté et y-a-t-il assez de films ?

Les distributeurs s'adaptent à de nouveaux modèles et les indépendants sont les moins à l'abri lorsqu’il s’agit de s’adapter aux changements du monde contemporain. Nous avons été très attristés par la chute de Metrodome. En plus d'être d'excellents collègues, les films qu’ils ont distribués constituent un catalogue de ce qui se fait de mieux et de plus difficile dans le monde. Aurions-nous vu TANGERINE, THE FALLING, EVOLUTION et THE TRIBE soutenus de façon si intelligente et sérieuse sans eux? Le secteur a besoin de gens comme eux. Il y a donc d’un côté une grande préoccupation. D'autre part, nous avons constaté une augmentation du nombre de lieux projetant des films. Nous avons ajouté 100 nouveaux sites à notre base de données sur l’année comptable 2015 et le nombre de films que nous distribuons ne cesse d’augmenter (aucun n’étant un succès commercial assuré). La demande pour notre formation et pour nos séminaires de développement personnel nous montre que c’est un domaine dans lequel les gens ont envie de s’investir, c’est pourquoi nous voulons faire encore plus pour les aider à progresser.

Y-a-t-il un manque d'intérêt du public, au Royaume-Uni, pour les films en langue étrangère?

Définitivement pas. Le marché est morose car aucun film en langue étrangère n’a atteint la barre du million de livres de recettes l'année dernière (à l'exclusion des titres de Bollywood, qui gagnent un public important et en croissance qui ne devrait pas être écarté). Le public britannique a toujours été résistant au sous-titrage (puisque nous partageons notre langue avec les USA et donc Hollywood). Se pose aussi le problème général de l’évolution des programmateurs anciennement à l’avant-garde, qui évincent les films en langue étrangère pour soutenir les productions plus « fiables » des studios. Mais le public s’engage pour les films en langue étrangère. Il s’avère seulement qu’il voit les films selon de nouvelles modalités et dans de nouveaux lieux (les salles communautaires représentent un canal de programmation important pour les films britanniques et les films en langue étrangère et n’est pas pris en compte selon les méthodes de comptage habituelles).

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Europe:

Pensez-vous que les salles art et essai européennes ont des besoins similaires ?

Certainement. Le succès d'Europa Cinemas est lui-même une reconnaissance de la nécessité d'une approche commune pour l'avenir du cinéma. Une des choses que les entreprises des nouveaux médias présentent dans plus de 100 pays « découvrent », c’est que le goût n’est pas toujours fondé sur la culture et sur un intérêt régional, mais sur des préférences et points communs beaucoup plus larges. Dans le monde du cinéma, on sait cela depuis des années et de temps en temps un film vient nous le rappeler en traversant les frontières. Notre objectif devrait être de trouver des moyens solides pour intervenir précisément à l’endroit où des actions communes peuvent répondre à des besoins communs.

Dans quelle mesure pensez-vous que le cinéma numérique a été une chance pour les cinémas indépendants ?

La projection numérique a sans aucun doute permis d’accroître la diversité de ce qui est proposé à l’écran et réduit les barrières à l’entrée pour les petits acteurs du marché. Cependant, la disponibilité n’est certainement pas une condition suffisante et nous devons fournir au public de bonnes raisons pour venir dans la salle, au-delà du seul argument de la qualité des contenus proposés.

Quel serait le principal défi pour les années à venir?

Le défi est toujours le même : encourager les gens à considérer la salle comme le lieu où peut avoir lieu une expérience qui les transforme. Les goûts du public ne diminuent pas avec le numérique, au contraire, ces goûts sont de plus en plus larges. Aussi, en tant que salles de cinéma, la question est de trouver le moyen de guider l’enthousiasme et l’intérêt du public.

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Jean-Baptiste Selliez, août 2016

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http://www.independentcinemaoffice.org.uk/

http://www.sff.ba/

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