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Les Actions - 25/07/2014

 

Entretien avec Anastasios Liagkris, Cinéma Alexandra, Athènes, Grèce

 

A l’issue du festival de Karlovy Vary, un jury composé de 4 exploitants du réseau a decerné le Label Europa Cinemas au film FREE FALL de György Pálfi, Anastasios Liagkris du cinéma Alexandra à Athènes en a fait partie.

Pouvez-vous nous parler du cinéma dans votre famille? Comment  a-t-il eu une influence sur votre vie et votre travail aujourd’hui ?

Mon grand-père a mis fin à sa carrière académique au début des années 50 pour poursuivre sa passion : les films et le cinéma. A l’apogée de cette période, il était à la tête de 5 cinémas et était responsable de la programmation de plus de 8 cinémas à Athènes, pendant l’âge d’or des années 60. Une véritable preuve de son talent était qu’il était capable de programmer un film déjà oublié 2 ou 3 ans après sa sortie et d’en faire un succès.

Avec l’arrivée de la télévision, cette période s’est soudain interrompue, et la fréquentation des salles a chuté de manière drastique. Avec seulement un cinéma restant, le Laura, un cinéma de plein air fonctionnant uniquement pendant l’été, mon grand-père a dû tout recommencer à zéro. Il a ensuite acheté l’Alexandra, un cinéma en plein cœur d’Athènes. Aujourd’hui ces deux cinémas sont gérés par mon père.

En ce qui me concerne, j’ai appris beaucoup de choses en passant du temps entre ces murs, simplement à échanger des points de vue et des idées. Le plaisir que vous procure le simple fait de regarder les visages satisfaits des spectateurs après un grand film est inquantifiable ; et pour moi c’est la principale raison pour laquelle je n’envisage pas de changer de domaine, et que le cinéma reste ma priorité.

Comment faites-vous le choix de la programmation des deux salles de cinéma (le cinéma de plein air et du cinéma d’hiver) ?

Notre politique est de montrer les meilleurs films européens et non européens disponibles. En tant que société, nous avons une nette préférence pour les premiers mais nous ne pouvons pas négliger notre public qui attend des films de qualité du monde entier.

Nous n’avons pas un choix vaste puisque les grandes sociétés de distribution en Grèce sortent peu de films et les choses ne vont pas en s’améliorant. Si nous prenions le risque de sortir un film nous-mêmes, le résultat pourrait être potentiellement catastrophique pour un cinéma unique. Cependant, il est fort probable que nous essayions un jour de le faire avec un groupe de trois ou quatre cinémas art et essai. La numérisation qui s’est mise en place récemment va nous aider à diversifier notre programmation et à organiser plus de séances de films européens.

2014_Alexandra

En quoi le public du cinéma de plein air est diffèrent du public régulier ?

Le cinéma de plein air en Grèce est une tradition qui remonte à l’Antiquité. La météo contribue à cette expérience unique, qui est complétement différente de celle d’un cinéma d’hiver. Les personnes de tous âges raffolent de ces séances.

En général, les comédies et les films d’aventure sont plus adaptés au cinéma de plein air, sans doute parce que l’esprit collectif et l’interaction y sont particulièrement mises en valeur. La jeune génération de spectateurs est mieux informée grâce à Internet, et est plus susceptible de se laisser tenter par des réalisateurs et acteurs moins connus. En tant qu’exploitant, nous devons renforcer cette tendance et continuer à faire de notre mieux en matière d’éducation à l’image, pour permettre aux spectateurs d’apprécier des productions indépendantes innovantes, qui la plupart du temps viennent d’Europe.

Pouvez-vous décrire le marché des films en Grèce, plus particulièrement à Athènes ?

Ces dernières années, la mauvaise situation économique en Grèce a eu un impact sur le nombre d’entrées, en recul depuis des années. Le piratage et l’état d’esprit pessimiste de la population n’ont pas aidé le marché local, déjà limité. Ces éléments ont contribué à dégrader davantage la situation. Je suis persuadé que seulement si le niveau de vie des citoyens s’améliore, nous verrons une résurgence de l’intérêt pour le cinéma. Les Grecs ont toujours été ouverts et intéressés par le cinéma en tant que loisir.

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre expérience de juré à KVIFF ?

C’était la première fois que je vivais un tel évènement de l’intérieur : observer les talents exceptionnels de beaucoup de jeunes professionnels m’a réellement touché et impressionné. A en juger par les films que j’ai vus, je peux dire que le futur du cinéma européen est entre de bonnes mains. J’ai appris de nombreuses choses très utiles, notamment sur la manière de sortir un film dans son pays, ce qui est plus simple que ce que j’imaginais au départ. J’ai eu la chance de discuter avec des réalisateurs et des acteurs qui m’ont ouvert les yeux sur les difficultés mais aussi sur le plaisir de faire un film. Ce que je retire de cette expérience est que les festivals de films sont d’une importance vitale aussi bien pour les professionnels  que pour les spectateurs, en ce qu’ils créent un contexte et une atmosphère qui permettent aux films de remporter l’adhésion d’un public cinéphile.

Entretien réalisé par Flora Anavi