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Le Réseau - 11/10/2016

 

La politique européenne et le dynamisme du cinéma européen vus par Christian Bräuer, secrétaire général d’Europa Cinemas

 

La Filmkunstmesse de Leipzig, rendez-vous annuel incontournable des exploitants de cinémas allemands, s’est déroulée du 19 au 23 septembre dernier. 74 films qui vont être distribués en Allemagne ont été projetés, mais l’événement a aussi donné lieu, comme chaque année, à de nombreux échanges et réflexions sur l’évolution de l’exploitation en Europe. Christian Bräuer, membre du comité directeur de l’AG-Kino Gilde (association des cinémas art et essai allemands), vice-président de la CICAE et secrétaire général d’Europa Cinemas, dont il est aussi membre en tant qu’exploitant, a partagé avec le magazine professionnel Filmecho son opinion sur la politique actuelle de la Commission Européenne.

Quel est votre ressenti par rapport à l’agenda numérique de l’Europe ?

Je pense que la situation est relativement complexe. Au début, la Commission avait une démarche trop missionnaire. Toutefois, Günther Oettinger a corrigé cette attitude et est conscient des spécificités et de la vulnérabilité du marché européen du film. Il y a néanmoins des intérêts contradictoires en Europe. Au lendemain du vote des Britanniques pour le Brexit, la Commission doit se poser la question de la manière dont elle veut associer unité et diversité culturelles en Europe. Cette diversité est à appréhender comme une force, qui est menacée par les mécanismes tendant vers la concentration et la domination du marché.

Lors du European Film Forum à Venise, Günther Oettinger a annoncé que Creative Europe doit à l’avenir soutenir plus fortement les cinémas dans la mise en œuvre de nouvelles activités de distribution et de promotion. Est-ce que des modèles revenant à des sorties en Day-and-Date sont mis sur la table ?

Il y a des signaux contradictoires. Toujours est-il que Günther Oettinger a clairement exprimé que les règles appropriées peuvent être différentes dans chaque Etat membre.  Nous interprétons cela comme une reconnaissance de la chronologie des médias, réglementée par la loi dans beaucoup de pays. La Commission est très consciente de ce qu’apportent les salles de cinéma aux films européens en termes de visibilité, par exemple lorsqu’elle salue le succès du réseau Europa Cinemas comme étant une réussite exemplaire et le modèle d’une intégration réussie. Il s’agit de discuter ensemble de la façon dont nous pouvons renforcer le marketing transfrontalier en utilisant aussi par exemple une analyse intelligente des données.

Quelles nouvelles initiatives sont mises en place par l’AG-Kino ?

Le 9 octobre prochain, nous organisons en collaboration avec la CICAE et Europa Cinemas le premier European Art Cinema Day. Cette fête du film européen doit éveiller l’envie de la découverte. En même temps, le European Art Cinema Day doit montrer que les cinémas art et essai font partie d’un mouvement fort et visionnaire. Nous voulons particulièrement attirer les jeunes avec des événements innovants. Monika Grütters et son homologue Audrey Azoulay nous soutiennent pour ce projet, Maren Ade et Isabelle Huppert sont nos marraines artistiques. Pour ce jour de fête du cinéma européen, des avant-premières, des classiques mais aussi des programmes pour les familles seront présentés, accompagnés par exemple d’interventions ou d’offres culinaires. Nous avons renoncé à établir un programme fixe car nous ne voulions pas réduire la diversité de 1600 films européens à 16 titres définis. Mais bien sûr il y pourra y avoir le même film dans beaucoup de salles et dans divers pays, avec la possibilité d’établir une interaction par des conférences Skype.

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Interview de Birgit Heidsiek parue dans le Filmecho Filmwoche n°37/ 16 septembre 2016 / extraits

Traduction : Raphaëlle Gondry pour Europa Cinemas

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