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Le Réseau - 07/09/2012

 

La diffusion des films de patrimoine à l’ère numérique : entretien avec Vincent Paul-Boncour

 

La Servante

Depuis 2008, Vincent Paul-Boncour est l’heureux directeur d’une salle parisienne du réseau, Le Nouveau Latina, à deux pas de l’Hôtel de Ville. Il est aussi distributeur et éditeur vidéo, avec les sociétés Bodega Films - qui distribue une petite dizaine de films d’auteur par an - et Carlotta Films, spécialisée dans les films de répertoire. C’est plus particulièrement pour cette dernière casquette que nous l’interrogeons ici, à l’heure où numérique et VàD font évoluer les pratiques et tandis que Carlotta vient de sortir dans les salles françaises, le 15 août, un film phare du cinéma coréen, LA SERVANTE, de Kim Ki-Young. Sur ses trois premières semaines d’exploitation, le film a attiré plus de 12 000 spectateurs, un chiffre très correct et représentatif du travail de Carlotta, sur un marché français qui accorde globalement une bonne place aux films de répertoire.

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Pensez-vous que le segment des films de patrimoine, en salles, est en progression ?

Nous remarquons depuis plusieurs années un regain d'intérêt général pour le film de patrimoine, quelle que soit sa diffusion : réédition en salles de cinéma, festivals, rétrospectives, cinémathèques, DVD et Blu-Ray. Face à un marché de l'art et essai en baisse, et compte-tenu des difficultés d'accès aux écrans et aux spectateurs que rencontrent les films d'auteur dits plus difficiles ou de la diversité, il nous semble que le "segment" patrimoine est stable – que ce soit à Paris ou dans les grandes villes - et progresse surtout dans les petites et moyennes villes, grâce à des relais comme l'ADRC (Agence pour le Développement Régional du Cinéma).

Au cours des dernières années, quels films classiques, du point de vue de leurs résultats, pourriez-vous mettre en valeur ?

Depuis plusieurs années, il y a, me semble-t-il, une évolution de la cinéphilie qui s’intéresse davantage à des films rares, inédits, d'horizons cinématographiques différents (les cinémas anglais, italien, japonais), à un patrimoine plus contemporain, plus récent (celui des années 1970-80) au détriment des grands classiques, notamment américains.

Ainsi, en 2011, nous pouvons citer le succès de DEEP END (50 000 entrées salle France) du Polonais Jerzy Skolimowski, film culte des années 1970, mais invisible et finalement peu connu, y compris auprès d'un public cinéphile, ou encore la rarissime première œuvre de Jerry Schatzberg : PORTRAIT D'UNE ENFANT DECHUE.

La Servante

Quelle est la place de ces films dans une programmation de salle de cinéma ?

Sa place varie selon les villes, les films et le type d'ambition de sortie. À Paris, un film de patrimoine peut sortir dans 1 à 5 salles, en plein programme. Dans les grandes villes de province, le film occupera de 1 à 3 séances par jour. La programmation sera beaucoup plus variable dans les petites et moyennes villes. Notre approche est de proposer aux salles nos sorties patrimoine à l'instar des autres sorties art et essai de la semaine, et de les programmer de la même manière.

Pensez-vous que le numérique peut bénéficier à la diffusion des films classiques, comme c’est le cas au Royaume-Uni ?

La France est un pays à part où, historiquement, le patrimoine tient une place importante. Des distributeurs et des salles de cinéma spécialisés dans le patrimoine existent depuis des décennies. Le formidable réseau de salles art et essai, unique au monde, permet une vraie diversité et notamment la programmation à l'année de films de patrimoine, non seulement à Paris mais dans l'ensemble du pays. Ainsi, le numérique peut favoriser cette diffusion, mais le film de patrimoine était déjà très présent en 35mm.

Collaborez-vous avec des partenaires européens ?

Nous n'avons pas réellement de partenaires mais sommes en étroite relation avec des distributeurs et éditeurs DVD du monde entier qui font un travail similaire au nôtre, comme Hollywood Classics et Park Circus en Angleterre, Bavaria en Allemagne, etc...

Est-ce que cette activité de distribution peut être rentable ?

C'est une activité difficile et fragile, comme la distribution en général. Notre rentabilité, si elle existe sur un titre, s’établit de manière générale sur le long terme, car notre travail de diffusion s'effectue dans la durée.

Deep End

Vous avez désormais une activité VàD. Si le marché de la vidéo est en baisse, ne pensez-vous pas que la distribution physique de films « classiques » peut demeurer une niche attractive ?

Le marché de la vidéo physique est en baisse mais est toujours bien présent, notamment sur des œuvres de patrimoine, qu'on veut posséder, comme un beau livre. Il est évident qu'il faut être sur du qualitatif tant sur l'objet que sur son contenu... même s'il est vrai que nous subissons une baisse globale du marché. Nous développons la VàD comme un prolongement de notre travail en salles, en DVD, Blu-ray et TV, et la considérons comme complémentaire. Le marché VàD reste cependant marginal, notamment sur les œuvres du patrimoine. Il manque certainement des plateformes identifiées qui mettraient en avant des œuvres du patrimoine, à l'instar des salles, boutiques, ou sites d’achat de DVD où l’on sait pouvoir trouver des films de patrimoine.

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A lire aussi : Sortie du classique grec STELLA en France

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http://www.lenouveaulatina.com/
http://www.carlottavod.com/
http://www.bodegafilms.com/

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Jean-Baptiste Selliez, septembre 2012