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Le Réseau - 08/07/2010

 

Ian Wall Fondateur et directeur général de Film Education, Royaume-Uni

 

 

Film.Education, Royaume-Uni

Film Education mobilise fortement le public anglais. 2,4 millions d'écoliers participent ainsi, chaque année, aux activités mises en place par la structure, soit un peu plus du quart des écoliers du Royaume-Uni. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Ian Wall, Directeur général de cette institution caritative fondée, par lui-même, en 1984.

Film Education est bien connu au Royaume-Uni. Pourriez-vous présenter les projets que vous menez à vos collègues européens ?

          Notre objectif est depuis toujours d'encourager l'utilisation du cinéma dans l'enseignement et de considérer le cinéma comme un prolongement de la salle de classe. Nous incitons les professeurs à faire leur cours sur le film et par le film, à considérer le film comme une forme d'art et comme un stimulant pour l'écriture et la discussion. Etre éduqué, au XXIème siècle, ce n'est pas seulement savoir lire. C'est aussi savoir appréhender ce qui est vu sur les écrans, qu'il s'agisse des écrans de cinéma ou d'ordinateurs. 
          En un mot, nous mettons en œuvre un programme d'enseignement qui lie des contenus éducatifs à des sorties au cinéma.
          La National Schools Film Week [Semaine nationale du film à l'école] qui se déroule en Octobre est probablement notre plus grand événement de l'année. En 2009, ces projections ont réuni plus de 400 000 étudiants dans 500 lieux. Notre objectif est d'initier très tôt les enfants à l'expérience passionnante que constitue la vision d'un film en salle et de faire accéder les élèves plus âgés à un plus large éventail de films que ceux auxquels ils s'intéressent d'ordinaire, des films indépendants européens, américains et du monde entier.
          De plus, nous mettons à disposition un contenu pédagogique sur les films, afin de les introduire dans le contexte éducatif. Au cours de l'année, nous apportons ainsi du contenu sur environ 20 nouveaux films. Ces supports pédagogiques sont mis à disposition en téléchargement sur notre site ou proposés sur des CD-ROM et DVD. Nous travaillons uniquement sur des films qui sont à l'affiche, en encourageant activement les enseignants à choisir des films qui pourront toucher les élèves, tout en élargissant la pratique que les étudiants ont de la sortie en salle. Depuis le début de l'année, nous avons ainsi produit un CD-ROM interactif sur How to Train Your Dragon (Dragons), très bien reçu par les enseignants du primaire. Nous sommes en train de terminer la production des ressources liées à Metropolis (qui ressort sur une copie neuve) et sur certains nouveaux films britanniques comme Made in Dagenham. Nous élaborons un guide sur Le Ruban blanc, car le film sera très présent cette année à la National Schools Film Week.
          Nous produisons également des outils pédagogiques plus larges, qui portent sur les films et les programmes scolaires. Nous avons par exemple proposé l'année dernière des ressources interactives sur l'industrie cinématographique ainsi que sur le cinéma et Shakespeare. Nous cherchons actuellement à développer des programmes sur l'histoire et la citoyenneté et avons lancé tout récemment un projet sur l'enseignement des langues européennes à travers les films. 55 000 enseignants nous ont contactés pour utiliser ces outils. Nous sentons que nos contenus sont pertinents par rapport à l'enseignement et que notre façon de les mettre à disposition est la bonne.
          Enfin, nous formons les enseignants à utiliser le film dans le programme scolaire. Cette formation dure de 1 à 4 jours (en résidence) et propose des conférences gratuites. Nous allons bientôt travailler avec une demi-douzaine de responsables éducatifs, dans le but de les inciter à utiliser le cinéma pour faire progresser le niveau d'alphabétisation des élèves. Nous allons inciter les salles locales à prendre part à ce projet, qui durera un an.

Quel rôle joue la salle de cinéma dans votre travail?

          La salle est un élément central de tout ce que nous faisons. Nous encourageons les écoles à penser la salle comme un prolongement de la salle de classe, comme LE lieu où l'on regarde les films. Dans la mesure du possible, nous essayons de mettre les exploitants de cinéma en contact avec les écoles situées à leur proximité pour qu'elles mettent en place des programmes sur mesure et des projections spécifiquement destinées à ces élèves. Nous réfléchissons aux moyens de pérenniser nos programmes de projections afin qu'ils aient lieu toute l'année, pas seulement en octobre lors de la National Schools Film Week.
          Nous encourageons également les écoles à emmener leurs élèves voir des films à l'affiche.

Vous contribuez à des projets d'éducation cinématographique en dehors du Royaume-Uni tel que le festival BritFilms de cinéma dans les écoles, organisé par l'association allemande des cinémas art et essai. Etes-vous impliqué dans d'autres projets à l'étranger?

          Durant la première année du projet allemand, nous avons conduit des formations pour les enseignants sur les films du programme. Nous espérons pouvoir réitérer cet exercice, même si le coût reste encore un problème. Dans le passé, nous avons organisé des sessions de formation auprès d'enseignants en Israël, en Finlande, aux Etats-Unis, au Danemark, en Lituanie, en Norvège, en Russie, en Ukraine et en  République tchèque, entre autres.
          Nous avons également travaillé avec Vision Kino en Allemagne (www.visionkino.de ) échangeant de la documentation et discutant des moyens de mettre le film en relation avec le programme scolaire.

Comment compareriez-vous le Royaume-Uni aux autres programmes européens en matière de programmes d'éducation par le cinéma ?

          Je pense que ceux qui participent, au Royaume-Uni, à l'éducation à l'image, regardent avec envie les pays comme la France et la Suède, qui bénéficient d'un bon financement en la matière et développent des programmes d'études et d'activités élaborés. Je pense précisément à Collège au cinéma en France et à l'initiative Film in Schools en Suède.
          Quatre organisations mettent en place, au Royaume-Uni, des stratégies ou initiatives d'éducation à l'image, le British Film Institute, Film Club, First Light et Film Education. Nous avons financé neuf projets pilotes en Angleterre et au Pays de Galles et cherchons à mettre en place des schémas d'éducation nationaux qui mêleraient enseignement classique et activités hors-cursus. Nous allons lancer des programmes éducatifs de grande envergure dans six régions du Royaume-Uni pour introduire dans les écoles des pistes pour regarder et réaliser des films. 
          J'aimerais voir les pays européens travailler ensemble pour développer des sélections de films et des méthodes d'enseignement. Ce serait l'occasion d'échanger et d'adapter  les expériences des autres à nos programmes nationaux. L'aide d'Europa Cinemas a permis à certains d'entre nous de concrétiser ces projets. Mais il nous faut désormais voir les choses de façon plus large et ne pas se contenter de présenter aux autres un projet pour qu'ils le reproduisent.
          Par exemple, nous travaillons à un nouveau projet à partir des conclusions de notre conférence de Londres et des séminaires qui ont eu lieu l'an dernier à Erfurt (organisé par Kids Regio) et à Essen (organisé par la European Film Academy).
          Notre conférence de Londres, en mars dernier (organisée avec le BFI), qui portait sur l'enseignement via le cinéma européen, a fait salle comble !
(www.filmeducation.org/training/a_new_vision_of_europe ).
          On voit indéniablement ici une volonté d'encourager les jeunes à étendre leur expérience du film et de la salle. Je suis persuadé que les expériences de nos collègues européens nous aideront de manière plus générale à atteindre nos objectifs. Or pour l'instant il n'existe pas de forum pour cela.

En termes de financement, votre organisation reçoit le soutien de la UK Film Industry et des dons d'entreprises. Etes-vous soutenu par le UK Film Council? Pouvez-vous nous donner une idée du type d'entreprises privées qui vous soutiennent? Pensez-vous que l'enseignement cinématographique peut pâtir des coupes faites actuellement par le gouvernement pour réduire le déficit national?

          Tous nos fonds proviennent de la UK Film Industry, que ce soit pour la distribution ou l'exploitation. Nous ne recevons pas de subventions directes du UK Film Council. Nos autres financements proviennent de parrainages sur des projets spécifiques, par Shell, Diet Coke et Pizza Hut notamment. Mais vu le climat économique actuel, il est de plus en plus difficile d'obtenir un parrainage significatif. Avec les JO de 2012, beaucoup de sponsors potentiels se tournent vers des événements sportifs.
          Etant entièrement financé par l'industrie cinématographique, nous n'allons pas être directement touché par les coupes. Toutefois, nous participons à un groupe de travail qui développe une stratégie à l'échelle du Royaume-Uni et tous les autres partenaires de cette initiative sont financés par le gouvernement. L'impact des coupes pour ces organismes n'est pas encore déterminé.
          On peut dire que le secteur culturel au Royaume-Uni est dans une situation de changement et dans l'attente des annonces qui seront faîtes en octobre. Tout ce que nous pouvons faire, c'est continuer avec ce que nous avons mis en place en espérant que l'étude des dépenses du gouvernement aboutira à quelque chose de positif. Je pense que toutes les organisations seront amenées à évaluer leurs activités et à décider ce qu'il faut garder ou non. L'expression à la mode, c'est "value for money" (rapport qualité/prix) et nous sommes tous invités à  penser dans ce sens.
          Devons-nous simplement diminuer l'ensemble de nos activités pour nous adapter à une baisse de 25% du financement ou devons-nous plutôt mobiliser nos forces sur ce que nous faisons de mieux, tant en termes de valeur éducative que financière ?

www.filmeducation.org

Propos recueillis par Emily Boldy,
juillet 2010

Photographies

- Ian Wall
- National Schools Film Week
- How to train your dragon, de Dean DeBlois et Chris Sanders, 2010
- Le Ruban Blanc, de Michael Haneke, 2009
- Métropolis, de Fritz Lang, 1927