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Le Réseau - 09/02/2009

 

Frédéric Henry, Jeune Public, Cinémas du Palais, Créteil, PROJET BORDERS

 

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Depuis plusieurs années, Europa Cinemas suit avec intérêt les projets d’éducation à l’image pilotés par Frédéric Henry, qui travaille avec les jeunes publics pour les Cinémas du Palais de Créteil. Membre du réseau depuis 1997, cette salle de la banlieue parisienne a toujours eu une volonté très forte de s’inscrire dans le développement social urbain de la ville.
Nous l’avions interviewé en 2005 à propos du projet Utopia 3000. Il est venu cette fois-ci nous parler du projet Borders, qui se décline selon plusieurs volets.

Selon vous, quel rapport les jeunes entretiennent-ils avec le cinéma et plus généralement avec les images?

Cela fait 12 ans que j’exerce le métier d’animateur Jeune Public aux Cinémas du Palais. Le rapport que les jeunes entretiennent au cinéma et plus généralement à l’image a considérablement évolué. L’utilisation de l’espace Internet a accéléré cette évolution.
Leur rapport à l’image comporte un paradoxe. L’image n’a jamais été aussi présente. Elle est  totalement intégrée dans le quotidien des jeunes et ils la manient avec virtuosité, de manière instinctive. Pourtant, ils ont oublié en route les frontières entre fiction et réalité et entre réel et virtuel.
Quant à la société, elle les pousse non pas vers une citoyenneté affirmée mais vers l’idée qu’ils doivent consommer pour être citoyen. Aujourd’hui, tout vient à vous, plus besoin de se déplacer ; tout se mesure à l’utilité et au plaisir immédiat. Ainsi, le plaisir du cinéma semble avoir changé, la cinéphilie est devenue "netphilie" ou "DVDphilie". Pour les jeunes, comme le foot et plus largement l’industrie du spectacle "marketé", le cinéma est une sorte d’ascenseur social. La réussite et l’argent sont des thèmes récurrents lorsque je parle de cinéma avec eux. Par contre, absence criante des mots création, intention, engagement.
Le cinéma est devenu un plaisir individuel à l’écart du collectif. Il semble se retirer du monde humain alors que la fragilité des jeunes publics n’a jamais été aussi grande. Ils ont un besoin de reconnaissance maladive, un désir de rêver, de se construire autrement que par l’interdiction.
Le projet Borders a pour objectif de valoriser les publics grâce au cinéma et de proposer une nouvelle façon d’aimer le cinéma, d’apprendre à se connaître et à connaître les autres dans un espace collectif : la salle de cinéma. Un espace de liberté, de découverte, d’échanges, de débats et de création, un lieu où on peut se construire en tant qu’être humain, un espace où l’accès à l’imaginaire est autorisé.

Borders s’inscrit dans la continuité de votre projet Utopia 3000- Europa Fantastic, né en 1998…

Oui, Utopia 3000 s’est développé et s’appelle aujourd’hui Borders. Il s’agit toujours d’un projet culturel européen d’éducation à l’image et de développement urbain et a pour objectif de valoriser les publics impliqués. Ce dispositif contribue à l’animation culturelle du territoire Val de Marne et a d’ailleurs été sélectionné par le Ministère de la Jeunesse et des Sports dans le cadre du Plan Banlieue.
Ce projet comprend plusieurs volets. Le Cycle Borders tout d’abord, qui se compose d’une programmation de 15 films européens de 12 pays différents. Ces œuvres sont proposées en temps scolaire à des élèves de lycées du Val de Marne. Elles sont accompagnées de présentations et de débats en salle, d’animations en classe et d’ateliers de réalisation.
Le deuxième volet est un laboratoire de cinéma, le Cinélab Borders. Quinze animations de 2h30 chacune se déroulent cette fois hors temps scolaire. Ce sont des masters class de cinéma, une initiation aux techniques audiovisuelles.
Il y a ensuite le Chantier éducatif Cinéma Borders. Les jeunes formés dans le cadre de Cinélab sont réunis autour d’un projet de film "pour imaginer l’Europe". Filmer le monde pour le transformer. En 2008, les jeunes sélectionnés ont tourné une fiction à Smucka, village de Bosnie Herzégovine. Le film s’appelle Pola Pola. Ils ont travaillé sur place avec les habitants du village de Tuzla. Ils ont également réalisé, par la même occasion, des reportages sur le pays d’accueil.
Deux festivals viennent appuyer ces actions. Le Festival Un Notre Monde – Borders qui a lieu en novembre et qui a pour objectif de mettre en avant les précédentes réalisations du projet Borders, de se réunir autour de tables rondes et réaliser des films courts en une journée. Et au mois de février a lieu le festival La Tête dans les étoiles. Les jeunes peuvent "voir, comprendre et fabriquer des images" et rencontrer des professionnels du cinéma (réalisateur, techniciens en effets spéciaux, cascadeur, distributeur).

Souhaitez-vous donner une dimension européenne à ce projet ? Comment est-il amené à se développer à l’avenir?

Oui, nous avons eu très tôt la volonté d’inscrire cette dynamique dans un cadre européen. Le programme Borders ne doit pas seulement être une approche théorique de l’Europe pour les élèves, ils doivent aussi en faire l’expérience. Ainsi est né l’atelier de réalisation à l’étranger dont je vous parlais, le Borders Tour.
Ce projet a également pour but de faire naître des actions communes entre les salles d’Europa Cinemas. Les actions Borders proposent de mettre les salles de cinéma indépendantes art et essai au coeur de la ville. Ce sont des lieux de vie, d'échange de culture, de débats. De plus, notre ambition a toujours été de diffuser les films réalisés avec nos équipes à l’étranger dans d’autres salles européennes.
Et puis nous débordons d’idées! En 2009, la troupe de cinéma Borders ira à la Berlinale, puis en Slovénie, à Ljubljana et Krsko. En mars, nous aimerions aller à Salamanque en Espagne, où nous travaillerions avec le Cinésvandyck, puis à Varsovie. En avril/mai, nous irons à Belfast en Irlande où nous organiserons des événements en partenariat avec le Queen's Film Theater ; en juillet, nous repartirons à Tuzla.
Et nous souhaitons aller plus loin ! Chaque film réalisé est une réponse au film précédent. Ces films permettent de mobiliser les populations, mais aussi les collectivités, les territoires, l'Europe... Le réseau Borders souhaite, à terme, devenir un carrefour incontournable de rencontres et permettre aux habitants d’un quartier d'être à la fois spectateur et acteur.
Nous souhaitons enfin développer le concept de Tournée européenne Un Notre Monde – Borders. Lors de nos Borders Tour, nous présentons toujours les films tournés par nos équipes. Nous avons également le souhait de visionner sur places des courts métrages réalisés par le pays hôte et d’en sélectionner pour les présenter lors d’un "festival de clôture". Nos déplacements pourraient être également accompagnés d’ateliers et de débats. Ce festival pourrait devenir un festival itinérant d’avant-premières.

Emilie Boucheteil
(avec Jean-Baptiste Selliez)
Février 2009

www.borders-zone.org