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Le Réseau - 05/12/2013

 

Focus Colombie: les salles Las Américas et Paraiso dans la numérisation

 

Le marché du cinéma colombien est en pleine transformation, aussi bien dans le domaine de la production que dans les secteurs de la distribution et de l’exploitation. Cette évolution est en grande partie liée à la numérisation, globale et incontournable pour les salles de cinéma. Alors qu’en Amérique latine, seuls 45% des écrans sont numérisés, la Colombie compte 90% d’écrans équipés : les cinq principaux exploitants (Cine Colombia, Cinemark, Procinal, Cinépolis y Royal Films) sont déjà équipés ou en voie de l’être. En regard, la situation des salles de cinéma indépendantes est radicalement différente.

Deux de ces exploitants indépendants, membres du réseau Europa Cinemas Mundus, ont construit ou agrandi leurs salles en 2013. Ils misent sur les possibilités de développement de leur public, déjà fidèle et curieux de nouvelles expériences, ainsi que sur la flexibilité de programmation que leur permettra le numérique. Inspiré par le séminaire d’Europa Cinemas à Bologne, Juan Carlos Mayungo, directeur de la salle Las Américas (trois écrans, dont deux numérisés) a ainsi mis en œuvre diverses stratégies sur ces deux terrains. Associé à plusieurs institutions de la ville de Medellin, il a décidé de mettre l’accent sur les jeunes adultes et a conçu un programme dédié au cinéma indépendant pour une chaîne locale de télévision. Il a également créé au sein de son équipe un poste de community manager. Outre quatre festivals de cinéma indépendant, il travaille avec plusieurs universités de la ville : en programmant des courts métrages réalisés par les étudiants, il les accueille également dans sa salle du cinéma.

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Ces initiatives ont d’ores et déjà permis de faire augmenter de 35% la fréquentation des projections nocturnes de la salle, favorites des plus jeunes jusque-là. La fréquentation générale a quant à elle, augmenté de 17%. Parallèlement, deux projets sont en développement : la projection hebdomadaire de films de cinéma indépendant dans les salles commerciales de Procinal (dont J.C. Mayungo est également le Directeur financier) et la création d’un site d’internet dédié au cinéma indépendant programmé dans la ville de Medellín.

À Bogotá, Federico Mejía, distributeur et exploitant avec Babilla Ciné, a équipé début 2013 le Cinema Paraíso de 3 écrans supplémentaires. Avec désormais 4 écrans numérisés, le cinéma doté d’un café-bar, permet au public d’envisager la séance de cinéma comme une expérience sociale. Son travail avec le développement du public s’organise essentiellement autour des réseaux sociaux et de la carte de fidélité. La salle participe fréquemment à des cycles thématiques et organise deux cycles trimestriels de cinéma pour les enfants afin d’éduquer les nouvelles générations au cinéma indépendant. Quand les meilleurs films programmés atteignaient auparavant 2000 à 2500 entrées après 6 semaines d’exploitation, quatre films ont récemment dépassé les 3200-3500 spectateurs sur 3 ou 4 semaines. Ces initiatives permettent à l'exploitant d’équilibrer le coût des films distribués par Babilla Ciné et de prolonger la vie des films indépendants sur les écrans colombiens.

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Cependant, la plupart des salles indépendantes colombiennes ne sont pas dans d’aussi bonnes dispositions : beaucoup sont en effet menacées par la disparition du film en 35mm annoncée d’ici à la fin de l’année. Ni le secteur cinématographique ni l’Etat n’ont fait de propositions claires quant au financement d’une aide à la numérisation. Contrairement aux grands groupes d’exploitation dont la numérisation s’est faite grâce à des accords bilatéraux avec les studios, rares sont les salles indépendantes qui, a l’instar de Las Américas et Cinema Paraíso, peuvent s’appuyer sur le soutien financier d’un multiplexe ou sur des investissements privés pour financer leur équipement. Les équipements, lorsqu’ils sont acquis dans le cadre du modèle VPF (Virtual Print Fee) coûtent près de 150 000 dollars. D’autre part, ce modèle exige d’associer un minimum de salles et d’écrans, une éventualité encore fragile en Colombie.

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Décembre 2013, Irene ANGEL ECHEVERRI et Marie-Blanche BETOURET

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Notes: Le fonds pour le développement cinématographique a voté un budget de 10,91 millions de dollars dont 70% sont consacrés à la création cinématographique. Référence Cine en cifras, Boletín n° 4, Mars 2013. Proimágenes Colombia. Disponible en ligne, uniquement en espagnol.

http://proimagenescolombia.com/secciones/cine_colombiano/cine_en_cifras/2013_1/espanol/index.html .

Concernant la numérisation, voir l'entretien de Carolina Mila Torres avec David Hancock paru dans El Tiempo, lecturas dominicales. Disponible en ligne, uniquement en espagnol.

http://m.eltiempo.com/lecturas-dominicales/adis-al-carrete/12409172

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