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Le Réseau - 16/05/2014

 

Entretien avec Pierre-Emmanuel Finzi, Stadtkino & Filmhaus (Vienne)

 

A l’issue du festival de Cannes, un jury composé de 4 exploitants du réseau remettra le Label Europa Cinemas au meilleur film européen présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Pierre-Emmanuel Finzi en fera partie.

Depuis 2009, il travaille au Stadtkino (mono-écran de 285 places) et Filmhaus Kino (mono-écran de 100 places), deux salles membres du réseau à Vienne. Il s'y occupe également des acquisitions pour le volet distribution de la société « Stadtkino Filmverleih ». Rédacteur à la revue et aux éditions Tausend Augen, il a aussi travaillé dans la production et les ventes internationales (The Coproduction Office, Essential). 

1 –Quel est votre point de vue sur le cinéma européen contemporain ?

Il y  10 ans, je pense qu’on pouvait encore voir des « vagues » marquant l’essor soudain d’une cinématographie nationale, le cinéma roumain par exemple avec Corneliu Porumboiu et Cristi Puiu ou la « Berliner Schule ». Mais aujourd’hui les cultures visuelles me semblent plus diffuses et les effets de groupes moins évidents. Le cinéma européen, pluriel, s’aventure davantage au-delà des attentes territoriales et les pépinières sont plutôt à chercher du côté des producteurs comme Komplizen Films en Allemagne,  les Films du Worso en France, O Som e a Fúria au Portugal ou encore Zeitun en Espagne.

2- Plus précisément, comment considérez-vous le cinéma européen, d’un point de vue « commercial»?

Un film européen, et plus encore autrichien, aura plus de chance qu’un film sénégalais de rencontrer un large public, mais il nous arrive de nous battre tout autant pour un film polonais ou espagnol, pour le garder à l’écran, parce que nous estimons qu’il doit être montré malgré une fréquentation très faible. Comme nous ne diffusons jamais les Bienvenue chez les Ch’tis ou Nothing Hill - nous ne programmons pas de valeurs sûres - chaque succès est une belle surprise.

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3 –Quelle est la ligne éditoriale de vos salles, le Stadtkino et le FilmhausKino ? Se différencient-elles l’une de l’autre ? Avez- vous déjà organisé des festivals de films européens dans vos salles ?

Comme nous sommes également distributeur, nous programmons le Stadtkino avec nos propres films et ce dès la première semaine. Ce sont des films d’auteurs exigeants, autrichiens ou du monde entier, projetés en VO sous-titrée. Avec le Filmhaus Kino, nous programmons aussi nos propres films, mais pas nécessairement dès la première semaine, et parfois en version synchronisée. Nous programmons  aussi des films d’autres distributeurs au Filmhaus Kino, des films autrichiens auto-distribués par des réalisateurs ou réalisatrices prêts à remuer ciel et terre pour faire vivre leur film - ce qui rend le travail avec eux très stimulant.

Concernant les festivals de films européens, nous avons par exemple au Filmhaus Kino des journées du film Croate ou du film Kurde, mais leur succès reste mitigé.

4 - Comment ces deux salles sont-elles implantées dans le paysage de l’exploitation viennoise et quel public rencontrez-vous ?

Le Stadtkino est une institution qui, avec le Filmmuseum, a été depuis 1981 un lieu où les gens viennent même s’ils ne savent rien du film diffusé. Une relation de confiance s’est établie entre le public et la salle. Ce public vieillit en partie mais depuis que nous avons déménagé la salle dans un quartier plus central, nous touchons d’autres publics. Le Filmhauskino a été ouvert en 1995 et fonctionne presque comme une salle de quartier. Si le public ici vient de moins loin que pour le Stadtkino, il peut être très éclectique au gré de la programmation, avec des rendez-vous hebdomadaires en collaboration avec un grand magazine (le Falter) ou mensuels comme le Jüdischer Filmclub Wien ou encore le Iranische Film, qui ont leur habitués. Nous accueillons également un public étudiant avec la « classe de cinéma » issue de l’école des beaux-arts, qui vient suivre une partie de son séminaire avec des projections publiques. 

5 - Qu’attendez-vous de votre expérience au sein du jury Europa Cinemas de cette Quinzaine des réalisateurs ?Que pensez-vous, a priori, des 8 films européens programmés dans cette sélection ?

C’est une première pour moi en tant que juré et j’espère pouvoir échanger avec des collègues d’autres pays sur ces 8 films, m’ouvrir à d’autres regards. Parmi ces réalisateurs (et réalisatrices), je ne connais les films précédents que de 3 d’entre eux et n’ai donc pas d’opinion sur la sélection même si ces dernières années j’ai toujours pu voir, à la Quinzaine, au moins une pépite, exigeante et accessible.

6 - Par ailleurs, que souhaitez-vous absolument faire lors de ce festival et quels films attendez-vous tout particulièrement ?

Je souhaiterais être surpris, par un film complètement inattendu ou un film dont le bouche à oreille positif prend des allures d’impératif en quelques jours et qui se révèle être à la hauteur de ces rumeurs. Je continuerai à suivre des œuvres que j’apprécie et/ou auxquels nous sommes fidèles depuis des années, d’Abderrahmane Sissako à Jessica Hausner, Jaime Rosales , Lisandro Alonso, Jean-Luc Godard ou Djinn Carrénard.

Entretien réalisé par Marie Cousin, Flora Anavi.