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Le Réseau - 20/06/2006

 

Detlef Rossmann, cinéma Casablanca, Oldenburg (Allemagne)

 

2006_CasablancaWallKino

Detlef Rossmann exploite deux cinémas à Oldenburg avec sa société Casablanca - Gaststätten, Kultur und Kino GmbH : le Casablanca, dont les trois écrans sont membres d'Europa Cinemas et le Wall-Kino, salle historique créée en 1914.
En plus de ces deux salles, cette ville universitaire de 160 000 habitants située au nord-ouest de l'Allemagne compte un multiplexe établi en 1999.
Les deux cinémas de Detlef Rossmann font désormais partie d'un regroupement de salles allemandes indépendantes (dont la majorité sont membres d'Europa Cinemas) qui a pour but d'améliorer les conditions de location des films auprès des distributeurs.

 
D'où vient l'idée de ce regroupement et en quoi consiste-t-il ?

Nous avons constaté que les salles indépendantes sont pénalisées par rapport aux multiplexes. Les tarifs de location pratiqués par les distributeurs sont ainsi de 4 à 6% moins élevés pour les multiplexes que pour les salles indépendantes. Avec mes 5 écrans, je n'ai pas un poids de négociation suffisant par rapport aux multiplexes.
Partant de cette constatation, nous avons organisé une première réunion d'exploitants indépendants lors du dernier festival de Berlin. Nous nous sommes revus à Kassel en avril, en présence de Peter Koenig, et la décision de former cette association informelle a été prise rapidement, au cours du festival de Cannes. Il s'agit de la toute première tentative en Allemagne de regroupement, d'un point de vue économique, de salles indépendantes.
Peter Koenig est un professionnel expérimenté, qui connaît aussi bien l'exploitation que la distribution et qui est déjà familier de ce type de négociation. Sa société, basée à Hambourg et qui compte 3 salariés, représente déjà 200 écrans. Désormais, il prendra en charge tout ce qui concerne la négociation des contrats et les conditions de location, ainsi que l'émission des factures vers les distributeurs.
Pour ce faire, nous n'avons pas créé de nouvelle structure juridique : chaque salle est liée à Peter Koenig par un contrat, dont le montant dépend du nombre d'écrans pris en charge.
Cela n'est donc pas un service gratuit, mais nous avons estimé que nous économiserons ainsi environ 2% de nos frais de location annuels. Et ce regroupement, qui comprend des salles du nord-ouest de l'Allemagne jusqu'à Düsseldorf, n'est nullement limité d'un point de vue géographique et devrait s'élargir rapidement. 

Concrètement, comment se passe cette coopération ?

Ce système est en place depuis le 1er juin. Peter Koenig négocie le dimanche avec les distributeurs les conditions de location des films et la continuation (ou non) d'un film dans nos salles. Puis il nous informe le lundi des décisions prises. Pour moi, c'est autant de temps que je peux désormais consacrer à autre chose, notamment l'accompagnement des films dans la salle, les animations à mettre en ouvre.
J'insiste sur un point : je suis toujours en contact avec les distributeurs pour ce qui concerne le choix des films et leur accompagnement, leur contenu. En revanche, je suis donc débarrassé du plus gros du travail administratif. Et si les salles ne sont pas liées d'un point de vue juridique, ce regroupement nous incite à discuter entre nous. 

Votre activité souffre-t-elle de la présence d'un multiplexe à Oldenburg ?

Oui. Depuis l'ouverture du CinemaxX en 1999, 2 cinémas indépendants ont cessé leur activité et j'ai moi-même dû fermer un cinéma de 3 salles. Et mes deux cinémas ont perdu 50% de leur public.
La compétition est forte mais nous avons trouvé une façon de fonctionner, dans la mesure où le CinemaxX pratique vraiment un cinéma de divertissement. Nous sommes ainsi les seuls à programmer certains films porteurs, comme Sophie Scholl, qui a attiré plus de 5 000 spectateurs au Casablanca en 2005. Pour d'autres films art et essai porteurs, nous n'obtenons pas l'exclusivité et nous sommes en compétition avec le multiplexe. Mais ça n'est pas grave, dans la mesure où ces films, comme Un long dimanche de fiançailles ou Walk the line, fonctionnent mieux dans notre salle et sont déprogrammés du CinemaxX au bout d'une semaine. Et, même si un de ces films est programmé au CinemaxX, je préfère le programmer, quitte à faire doublon, pour que notre public ne se résigne pas à le voir au multiplexe. 
Au-delà de cette compétition, je suis très préoccupé par le changement de notre public. Quand nous avons débuté notre activité en 1981, notre public avait majoritairement moins de 30 ans. Aujourd'hui, ce serait plutôt l'inverse. Certes, les actions Jeune Public ont du succès : la coopération avec les école fonctionne très bien et le festival Cinéfête attire par exemple plus de 3000 jeunes spectateurs, lors de séances pourtant matinales. Mais nous n'attirons plus le public adolescent et les étudiants et nous sommes loin d'être les seuls à faire cette constatation. A ce titre, il faut souligner que le DVD est devenu un ennemi. Les prix sont bas et, hormis pour les films allemands, qui ne peuvent sortir en DVD que 6 mois après la sortie en salle, il n'y a pas de délai à respecter. Les films américains sortent ainsi trois ou quatre mois après leur exploitation en salle. Et les nouvelles possibilités de consommation des films sur Internet, la piraterie, n'incitent guère le public jeune à venir voir les films dans nos salles. La piraterie concerne certes avant tout les films américains grand public, mais elle commence de concerner les films que nous sommes susceptibles de programmer.

Site des salles: www.casablanca-oldenburg.de
Entretien réalisé par Jean-Baptiste Selliez, juin 2006
Images (de haut en bas) : Casablanca 1, Casablanca 2 et Wall-Kino
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