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Le Réseau - 09/08/2008

 

Barbara Suhren, fsk Kino, Berlin

 

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Le fsk-Kino de Berlin, qui compte 2 écrans de 100 et 62 places, fête ses 20 ans. Entretien avec Barbara Suhren, son exploitante.

Quelle est l'histoire du fsk-Kino et comment se compose sa programmation ?

fsk-Kino est un cinéma d'art et essai ouvert en 1988 avec, dans un premier temps, une salle de 60 places. Nous avons déménagé 6 ans plus tard pour ouvrir 2 écrans, tout en restant à Kreuzberg, un quartier de Berlin habité majoritairement par des immigrants et des étudiants. Avant la chute du mur, le quartier était un peu à l'écart mais il est aujourd'hui très central.
La salle est exploitée par un collectif de 6 personnes, tous à la fois propriétaires, exploitants et salariés. Nous choisissons les films en fonction de leur contenu et non de leurs possibles résultats, et c'est ce qu'apprécient les artistes ou amoureux de l'art, voire les réalisateurs, qui fréquentent la salle. Notre public est surtout composé d'étudiants, mais il vieillit avec nous. De nombreux étudiants étrangers ou touristes viennent pour voir les films diffusés en VO sous-titrée.
Nous avons réduit le nombre de festivals ou événements qui se tiennent dans la salle car, en la matière, l'offre faite à Berlin est déjà bien assez importante. Trois cinémas de 5 écrans ne font d'ailleurs plus que cela. Au contraire, aujourd'hui nous souhaitons surtout faire exister les films en leur donnant le temps nécessaire de trouver un public. Nous participons cependant depuis 9 ans à l'organisation du Britspotting - British & Irish film festival. C'est le seul festival que nous avons maintenu.
Par ailleurs nous participons à l'action BritFilms mise en place par l'AG-Kino Gilde : un cycle de films britanniques et irlandais destinés aux élèves.

Vous célébrez votre vingtième anniversaire. Que pensez-vous de l'évolution des salles de cinéma? Est-il plus difficile aujourd'hui de faire vivre un cinéma indépendant ?

Beaucoup de choses ont changé ! En 1988, alors que je rédigeais mon mémoire sur l'architecture des salles de cinéma, on en était seulement à envisager la construction des premiers multiplexes. Depuis, 15 complexes ont été construits à Berlin, qui représentent environ 160 écrans. Evidemment, des salles ont dû fermer. Il faut aussi compter aujourd'hui avec la concurrence de nombreuses projections en plein air.
L'offre de films s'est considérablement élargie et la plupart, quelle que soit leur qualité, n'ont aucune chance de trouver leur public. Les critiques publiées dans les journaux ont de moins en moins de poids et les pages consacrées au cinéma sont remplacées par le sport.
Les pratiques changent, pas forcément en bien. Suite à la coupe d'Europe de 2008, des cafés ont acheté des vidéo-projecteurs pour des projections publiques de dvd. C'est illégal, mais tous ne le savent pas et le public s'habitue à voir des films sans avoir à payer.
Et la concurrence s'accroît. Dès qu'un film indépendant est prometteur, les salles mainstream le diffusent et les distributeurs ne nous le fournissent pas. Les spectateurs qui apprécient les salles indépendantes n'ont plus peur de se frotter aux multiplexes. De même, les chaînes de cinéma achètent de plus en plus de films, ce dont souffrent les salles indépendantes.

Votre programmation a-t-elle évolué en conséquence ? Quels nouveaux outils avez-vous mis en place ?

Nous avons débuté avec un mélange de films de répertoire, cycles thématiques et films rares que nous allions chercher dans les festivals ou dans les cinémathèques. Aujourd'hui, programmation traditionnelle mise à part, nous sommes devenus une salle d'avant-premières.
Nous diffusons aussi des films qui n'ont pas de distributeur allemand et que nous allons chercher à l'étranger, en Suisse par exemple. Et nous avons notre propre société de distribution, Peripher.
Nous avons bien entendu mis en place des actions afin de fidéliser nos clients, réductions pour les spectateurs réguliers ou envoi par la poste ou par mail de notre programme mensuel.
Au-delà des informations pratiques sur la salle et la programmation, notre site Internet donne au spectateur la possibilité de recevoir une newsletter personnalisée en fonction de la langue parlée des films que nous programmons. Le site a un côté ludique et propose un concours pour gagner des places. Mais nous avons aussi voulu proposer des ressources en mettant en ligne, d'une part une base de textes écrits sur les films programmés dans la salle, et d'autre part une section qui recommande certains films pour les scolaires. Pour ceux-ci, dans la mesure du possible nous mettons en ligne des dossiers pédagogiques. Malheureusement, cette offre est à notre avis sous-utilisée.

Entretien réalisé par Internet, Jb Selliez,
traduit par Emilie Boucheteil, septembre 2008

www.fsk-kino.de
Jeune public : www.fsk-kino.de/schulkino
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