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Actualités - 28/09/2009

 

Tous en salles - 5ème étape : Japon !

 

À l’heure où l’avenir de la salle de cinéma fait débat en Europe, nous avons décidé de créer l’association «Tous en salles !» avec comme objectif de partir étudier la situation au-delà de nos frontières et mettre en évidence la diversité des salles qui existent dans le monde. Nous profiterons de ce voyage pour rencontrer de nouveaux exploitants du réseau Europa Cinémas, en Amérique du Sud et en Asie. Vous recevrez ici nos cartes postales au gré de ces rencontres ! Nous commencerons notre voyage par le Brésil le 15 mars, pour finir en Inde en décembre 2009.

Wanda & Elsa
http://tousensalles.com/
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28/09 - 5ème étape : Japon !

Nouveau continent, nouveau décor : nous commençons notre tournée des salles asiatiques au Japon. A Tokyo, nous avons été impressionnées par l’originalité de l’architecture des salles, mais c’est à Kyoto que nous avons trouvé notre cinéma coup de cœur : le Kyoto Cinema. Ce complexe de 3 salles, caché dans les étages d’un building, entre restaurants raffinés et boutiques de déco, est dirigé de main de maître par Kamiya Masako, depuis son ouverture en décembre 2004.

Bien que rien n’indique aux passants que le building Cocon Karasuma abrite un cinéma, Kamiya a su faire connaître ses salles grâce à une programmation éclectique et de nombreuses animations. En effet, alors que les films japonais ont le vent en poupe ces dernières années, Kamiya n’hésite pas à programmer deux fois plus de films étrangers pour offrir à son public des films qu’il ne verrait pas autrement. Elle lui propose d’ailleurs de participer à la programmation et lui permet de voter pour son top 10 de l’année. Les trois films les plus cités sont alors reprogrammés à des tarifs préférentiels. Pour attirer toujours plus de monde, elle a mis en place une politique tarifaire avantageuse (bien qu’un peu alambiquée !) et propose par exemple des réductions supplémentaires aux jeunes s’ils viennent à trois, ou aux couples (au sens large) si l’un d’eux a plus de 50 ans …

Mais pour nous, la vraie force de ce cinéma vient avant tout de la diversité de ses événements. Ainsi plusieurs fois par an, le public a l’occasion d’assister à des concerts, ou à des soirées thématiques autour de la sortie d’un film. L’an dernier, pour la sortie de This is England, dans le cadre d’une soirée anglaise, les spectateurs pouvaient se faire tondre les cheveux par des coiffeurs professionnels ! Pour son prochain grand événement, Kamiya veut mettre en avant la culture japonaise et travaille avec une université de Kyoto sur la création d’une œuvre mêlant cinéma et Kyogen (danse traditionnelle vieille de plus de mille ans).

Si Kamiya s’attache à faire de son cinéma un lieu si dynamique, c’est d’abord pour mieux toucher le jeune public, quasi inexistant dans les salles art & essai japonaises. Pour les enfants, elle organise des stages de 2 jours chaque été, pour leur expliquer comment fonctionne un cinéma. Mais sa vraie cible reste les étudiants, pour qui elle organise un autre genre de stage. Chaque année, dans le cadre du PIA Festival (organisé par le magazine PIA au sein du Kyoto Cinema), 15 jeunes sont choisis pour participer à un programme de 6 mois. Ils débutent à la réception du cinéma pendant deux semaines pour comprendre son fonctionnement, puis, ils ont cinq mois pour établir une stratégie pour attirer les jeunes à la prochaine édition du festival.
Elle invite aussi régulièrement des professeurs d’université pour des séances « décryptage » de films de genre. Face à l’engouement de Kamiya pour sensibiliser les jeunes au cinéma, nous avons été peu surprises d’apprendre qu’elle était elle-même professeur à l’Université Ritsumeikan de Kyoto. Un professeur qui ne regrette qu’une chose : que le cinéma ne soit pas plus intégré au système éducatif japonais.  

 

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21/08 - 4ème étape : Colombie!

Notre dernière étape en Amérique du Sud est arrivée : la Colombie. Quatre mois sur les routes, quatre mois de salles en tout genre, mais il aura fallu attendre Bogota pour visiter notre première salle de luxe : le Cinema Paraiso. Un nom évocateur pour cette salle qui fait la part belle aux films européens.

Cinema Paraiso est né il y a 10 ans, de l’initiative de la société de distribution dirigée par Federico Mejia Guinand, Babilla Ciné, lassée de la carence en salles art et essai en Colombie. Consciente du statut du public de ses films, elle a choisi d’ouvrir une salle d’un genre différent, alors inédit en Colombie : une salle de luxe. Une bonne idée certainement : le premier réseau de salles colombien, Cine Colombia, a rapidement ouvert deux salles préférentielles dans le centre commercial voisin ! Mais le Cinema Paraiso a toujours su conserver sa différence. Fort de sa salle à l’architecture originale et, chose plus rare encore à Bogota, de son emplacement sur rue, il a su devenir un pilier de l’animation du quartier branché d’Usaquen.
En effet, quand on se promène dans Usaquen, difficile de ne pas apercevoir la jolie façade rouge et blanche du cinéma. Passée sa porte en bois, on entre directement dans sa salle, sans hall d’entrée. Les 80 fauteuils rouges molletonnés nous tendent immédiatement les bras. Le bar, sous l’écran, nous invite à déguster une pizza « Fellini » en sirotant un cocktail « Luis Buñuel » avant le début du film, voire durant celui-ci, grâce aux petites tables qui accompagnent chaque fauteuil. Un décor qui met le spectateur dans les meilleures conditions.
Car oui, le Cinema Paraiso n’est pas réputé que pour le confort de sa salle, mais aussi pour la  qualité de sa programmation. Il diffuse chaque semaine deux à trois films, choisis parmi le meilleur du cinéma mondial, avec un gros faible pour le cinéma européen, qui représente 80% de sa programmation. Pendant l’avant-séance, les spectateurs peuvent également découvrir un court-métrage national, une originalité de programmation que le Cinema Paraiso partage avec la plupart des salles colombiennes.

En effet, grâce à la « Loi du Cinéma », les salles qui diffusent des courts-métrages colombiens lors de l’avant-séance bénéficient d’une déduction d’impôt. En Colombie, c’est d’ailleurs la seule forme de subvention dont les salles art et essai peuvent bénéficier. Et pourtant, même le Cinema Paraiso, qui affiche des tarifs plus élevés que ses confrères (mais finalement équivalents à ceux des multiplexes), connaît des problèmes de financement. Ainsi, comme nous l’a dit Federico Mejia Guinand, l’ouverture à l’international d’Europa Cinemas représente beaucoup pour l’avenir des salles art et essai de Colombie.

 

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21/07 - 3ème étape : la Bolivie !

Lors de la dernière Conférence Europa Cinémas, à Paris, nous avons rencontré un exploitant bolivien, Daniel Rico. Il nous a chaleureusement invitées à passer voir son cinéma dès notre arrivée à La Paz. Chose dite, chose faite ! Voici donc notre troisième carte postale, en direct du Cine Teatro Municipal 6 de Agosto.

En descendant l’avenue 6 de Agosto depuis le centre de La Paz, difficile de rater l’imposante façade « art déco » du bâtiment… Difficile aussi de réaliser qu’il s’agit d’un cinéma ! Aucune affiche à l’horizon ; un nom qui se veut discret. Comme si ce lieu chargé d’histoire n’avait plus besoin de s'annoncer auprès des habitants de La Paz.

En effet, la première chose que Daniel nous ait racontée à propos de son cinéma, c’est son histoire et le rôle important qu’il a joué dans la ville depuis son ouverture au début des années 50. Aussi, en 2000, quand le cinéma a failli fermer ses portes, la municipalité de La Paz a décidé de le racheter pour maintenir ce lieu emblématique en activité. Après de gros travaux de restauration, le Cine Municipal 6 de Agosto a (r)ouvert ses portes en 2008. Travaux de forme et de fond : changement de statut, changement de programmation, changement de décor ! Fort de sa nouvelle scène, le Cine 6 de Agosto doit à présent faire connaître sa nouvelle identité. 

Erika Joffre, la jeune et dynamique collaboratrice de Daniel, travaille en ce sens, à travers une ligne d’action, rendue possible grâce au financement public du cinéma. Avec une programmation qui fait la part belle aux films sud-américains et plus particulièrement boliviens (60% des films), le Cine 6 de Agosto s’affirme comme un cinéma engagé, dans une ville où même la Cinémathèque a une programmation à 40% commerciale. L’offre culturelle de ce cinéma ne s’arrête pas là : dégustations de chocolats pour la fête des mères, ateliers de réalisation, soirées thématiques autour des cycles, et même une saison théâtrale. Le Cine 6 de Agosto se veut un véritable centre culturel alternatif. Au-delà de son offre variée, le cinéma propose un grand nombre de séances gratuites (60%) et a développé des liens particuliers avec les collèges et les foyers de la ville. En effet, sa première mission reste d’éduquer le public au cinéma, de recréer l’envie d’aller dans les salles, face à l’importance du problème de la piraterie en Bolivie.

Le Cine 6 de Agosto a d’autant plus besoin d’une identité forte qu’il se situe dans un quartier riche en cinémas : la Cinémathèque Bolivienne est à deux pas et, d’ici quelques mois, un nouveau multiplexe de 18 salles ouvrira ses portes en bas de la rue ! Un signe que les boliviens retrouvent le chemin des salles ?

Une chose est sûre en tout cas : le Cine 6 de Agosto leur en donne toutes les raisons ! Et ce ne sont pas les élèves de l’atelier de réalisation, qui envahissaient ce jour-là le café du ciné, qui nous contrediront … 
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18/06 - 2ème étape : Argentina !

Si vous demandez à un porteño (habitant de Buenos Aires) où aller voir un bon film européen, il vous répondra sans conteste : l’Arteplex ! Le cinéma à mettre à l’honneur dans cette deuxième carte postale s’est donc imposé de lui-même, et nous avons profité de notre passage à Buenos Aires pour rencontrer Nathalia Duch et Karina Pirillo, programmatrices des cinémas Arteplex.

L’Arteplex est né en 2001, après une décennie fatale aux salles de cinémas d’art & d’essai argentines. Alberto Kipnis et Marcelo Morales, deux figures importantes du cinéma d’art & d’essai argentin, se sont unis pour donner un nouvel élan à ce type de salle et offrir au public argentin une alternative aux multiplexes. Leur idée : rappeler au public que le cinéma, en plus d’être un divertissement, est une forme d’art qui fait réfléchir. Cette idée, ils l’ont mise en application à travers l’ouverture de leurs trois complexes : l’Arteplex Caballito (2 salles, 360 places au total), en lieu et place d’un ancien cinéma d’Alberto Kipnis, le Ciné Lyon, en mars 2001 ; suivi en avril 2005 de l’Arteplex Belgrano (4 salles, 1400 places au total) ; puis de l’Arteplex Centro (3 salles, 450 places au total) en janvier 2007. Ces cinémas se distinguent de leurs concurrents par leur programmation de qualité, parfois risquée, par la présence d’un bar thématique, comme un appel au débat entre spectateurs avant ou après les films, et, chose plus rare, d’une boutique de DVD pour élargir l’horizon des films mis à la disposition du public.

Pour guider le public, chacun de ces trois complexes imprime chaque semaine un programme très complet, composé du synopsis des films, de critiques, de mots du réalisateur (quand c’est possible), le tout introduit par une phrase d’accroche, à laquelle l’équipe de rédaction porte une attention toute particulière. Grâce à l’engagement et à la motivation des exploitants de l’Arteplex, ces 3 cinémas forment aujourd’hui le 1er réseau de salles d’art & d’essai en Argentine.

Paradoxalement (ou pas !), la programmation du 1er réseau de salles d’art & d’essai en Argentine est à 85% européenne ! Les programmatrices de l’Arteplex nous ont d’ailleurs avoué que ce chiffre atteindrait facilement les 100%, s’il ne s’agissait que d’elles. Mais l’INCAA (Instituto Nacional de Cine et Artes Audiovisuales) veille et impose des quotas en faveur des films nationaux dans tous les cinémas du pays. Il va sans dire qu’à l’Arteplex, les projections sont en version originale, mais, chose plus inhabituelle, la plupart d’entre elles se font en DVD. Cependant, cela ne semble pas déranger son public. Très fidèle et cinéphile, il considère le cinéma européen, comme un « otro tipo de cine » et l’Arteplex comme une salle à part.

Autre caractéristique essentielle du public de l’Arteplex : il est exclusivement porteño. Le 1er réseau de salles d’art & essai argentin n’a en effet pas encore franchi les frontières de la capitale. Cela tend à prouver que l’accès au cinéma de qualité est encore très concentré en Argentine. C’est d’ailleurs pourquoi l’INCAA développe depuis 2002 son propre circuit de salles, les Espacios INCAA, pour favoriser l’accès au cinéma en province.
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15/05 - 1ère étape : Brasil !

Nous voici donc à Rio de Janeiro, à l’Estação Botafogo, en compagnie d’Ilda Santiago, directrice du groupe Estação Cinema. Ilda, très francophile, nous a raconté l’histoire de ses salles (en français s’il vous plaît !).
Petit retour en arrière. 1985, les ciné-clubs du Brésil sont plus actifs que jamais, et prennent conscience de la nécessité de développer de meilleures conditions de projection. A la sortie de la station de métro Botafogo, un petit cinéma de genre (pour ne pas dire porno), coincé au fond d’une étroite galerie marchande, entre ateliers de retouches et cireurs de chaussures, tombe à l’abandon.

L’opportunité pour Ilda et ses amis du ciné-club Bichiga de concrétiser leurs projets !
C’est ainsi qu’est né l’Estação Botafogo (littéralement « station Botafogo »), qui a donné son nom au groupe.

Aujourd’hui, le groupe Estação compte onze cinémas dans le Brésil, dont neuf à Rio, et parmi ces neufs cinémas, la plus grande salle de Rio, l’Odeon avec ses 780 fauteuils. Le groupe fait aussi de la distribution et organise le Festival de Cinéma de Rio.

Mais revenons au cinéma qui nous accueille, l’Estação Botafogo. Depuis 1985, il s’est agrandi et il est aujourd’hui composé de trois salles, toutes équipées en numérique et 35mm, d’un café et d’une boutique-location de vidéos. Juste en face, le groupe a ouvert un autre complexe, l’Espaco Botafogo, composé également de trois salles, d’une librairie et d’un véritable lieu de vie, autour du bar. Ilda nous a d’ailleurs dit qu’elle était la première à avoir développé ce concept des lieux de vie dans les cinémas de rua du Brésil, aujourd’hui omniprésent.

La programmation de l’Estação est art & essai, et Ilda accorde une grande importance au cinéma européen. C’est d’ailleurs un film français Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 d’Alain Tanner qui a été projeté pour l’inauguration du cinéma. Lors de notre visite, la moitié des films à l’affiche étaient européens (Katyn, Entre les murs, Rumba, Happy go Lucky, Valse avec Bachir).
Ilda considère le public de ses salles comme un public fidèle mais vieillissant. C’est pourquoi elle développe depuis dix ans des actions en direction du jeune public, notamment avec les écoles de Rio et les favelas, tant dans le cadre de ses salles que du Festival de Rio. Au-delà de l’avenir de ses propres salles, c’est l’avenir de la salle de cinéma en tant que telle qui préoccupe Ilda et qui motive ses actions. En effet, elle se demande si « le respect du cinéma va perdurer et ce qu’il va advenir de l’expérience collective ».

Néanmoins, au Brésil, nous avons pu observer des initiatives qui redonnent du goût à la sortie au cinéma, et des réponses intéressantes au développement des nouvelles technologies. Nous voulons parler ici de Moviemobz, concept créé par Rain, le fournisseur d’équipement numérique des salles d’art & essai du Brésil. Moviemobz est une nouvelle forme de sortie au cinéma, le cinéma à la demande. Le public choisit sur internet les films qu’il souhaite voir au cinéma, aux horaires qui l’arrangent. Le choix se fait sur un large catalogue, tant au niveau des contenus (films récents, films de répertoire, mais aussi contenus alternatifs comme des Opéras) qu’au niveau des salles. Les salles du groupe Estação se prêtent au jeu de Moviemobz depuis maintenant huit mois, et sont pour le moment très satisfaites du résultat.
D’ailleurs, Ilda nous a gentiment invitées à voir l’Opéra La Somnambule de Bellini, dans la salle 1 de l’Estação Botafogo. Une expérience que l’on vous recommande chaudement !
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Wanda & Elsa
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