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Actualités - 11/05/2012

 

Sortie du classique grec STELLA en France: entretien

 

Stella

En 2009, Marc Olry, accessoiriste de profession, créait la société de distribution Lost Films pour partager avec les spectateurs français ses passions pour quelques films oubliés. Après avoir atteint des résultats très corrects avec des films américains, il proposera le 11 juillet, pour la première fois, un film européen. STELLA FEMME LIBRE (1955), second long métrage du grec Michael Cacoyannis, plus connu pour ZORBA LE GREC, est interprété par Melina Mercouri.

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1 - Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir distribuer STELLA ?

Comme LA RUMEUR et DU SILENCE ET DES OMBRES, deux de mes précédentes sorties, STELLA est un vrai "lost film". Film perdu, méconnu et invisible depuis sa première sortie française en 1957, il n'existe pas en dvd et a connu une seule diffusion télévisée aux débuts de la chaîne Arte. J’étais en tournage l’été dernier sur une île grecque pour le dernier film de Brigitte Roüan lorsqu’on m'a parlé de la récente disparition de Michael Cacoyannis. Ce réalisateur est resté connu des cinéphiles pour ZORBA LE GREC ou ELECTRE. Au même moment, plusieurs amis m’ont parlé de STELLA, l’un de ses films marquants. J’ai alors été mis en contact avec Yannoulla Wakefield, la sœur du réalisateur, présidente de sa fondation et détentrice des droits du film.  

2 - Jusqu’à aujourd’hui, vous n’aviez distribué que des films américains. Est-ce différent de travailler sur un film européen ?

Le travail de distributeur est le même pour moi : choisir un film qui doit être avant tout un vrai coup de cœur et le sortir comme si c'était un nouveau film, le mettre en lumière auprès des salles, de la presse, des institutions et du public avec un nouveau matériel promotionnel (un nouveau visuel pour l'affiche, une bande annonce, un document pédagogique, etc.). 

D’habitude, je m’adresse à une société anglaise qui gère le catalogue des majors. Les films sont libres de droit. On me précise le prix des copies et je ne peux rien négocier. Il y a toujours l’inconvénient de ne pas savoir dans quel état est le négatif.

Stella

Pour STELLA, je me suis adressé directement à l’ayant droit, avec lequel j’ai pu discuter. Il n’existait pas de copie numérique, pas de master HD. J’ai pris en charge cette numérisation, sinon je n’aurais pu exploiter le film qu’en 35mm. Le négatif a été scanné en 2K, nettoyé de ses rayures et poussières. Le son a été amélioré par un laboratoire à Athènes. De ce fait, étant à l'origine de ces travaux de numérisation, j'ai aussi pour la première fois acquis les droits télé et vidéo du film pour la France.

Même si le film numérisé est bien meilleur, j'aurais aimé pouvoir le restaurer en profondeur, comme l’ont été récemment LOLA MONTES ou les films d'Etaix. Mais je n'ai pas les moyens des cinémathèques ni de mécènes pour financer ce travail.

3 –Vous travaillez sur des combinaisons de sortie restreintes. Votre activité de distribution est-elle rentable ?  

Jusqu’à présent,  je sortais mes films sur 2 ou 3 copies 35mm et les résultats par copie étaient très honorables. COMMENT VOLER UN MILLION DE DOLLARS (comédie de Wyler avec Audrey Hepburn) est sorti au Champo, à Paris, le 6 juillet 2011. Avec uniquement 3 séances par jour, il totalisait 1200 spectateurs en une semaine ! DU SILENCE ET DES OMBRES est quant à lui sorti sur 3 copies et a réuni plus de 17 000 spectateurs français en 18 mois d’exploitation.

Je sortirai STELLA le 11 juillet sur une copie 35mm et quelques DCP qui vont me permettre de proposer le film à plusieurs salles en sortie nationale. Mais même s'il existe un vrai "marché" pour le cinéma de patrimoine ou pour les reprises, je ne compte pas le sortir sur plus de 2 salles parisiennes et sans doute 2 autres en province. Je préfère établir un vrai rapport de confiance et m'inscrire sur la durée d'exploitation avec les salles.

Mes films sont rentables pour le moment dans la mesure où j'équilibre mes frais de sorties avec les recettes salles. Je paie des royalties à mes ayants droits américains après remboursement de mes frais de sorties et du minimum garantie versé. Je n'oublie pas non plus que chacun de mes « lost films » a eu la chance d'être aidé par le CNC !

4 – Quel est votre rapport avec les salles ?

En quelques années, un lien très fort est né avec des exploitants, notamment grâce au soutien de l'AFCAE, de l'ADRC mais aussi à l’équipe du festival de La Rochelle où mes films ont été découverts par nombre d’entre eux. Certains exploitants me suivent maintenant régulièrement sur chacun de mes choix (Le Cinématographe à Nantes, Le Studio 43 à Dunkerque, Le Lux à Caen, La Ferme du Buisson à Noisiel, les salles du Sud-ouest programmées par V.E.O.) et d'autres sur des coups de cœur (le réseau Utopia). Les associations régionales qui fédèrent plusieurs salles sont primordiales pour relayer cette envie de faire découvrir mes films (Plan Séquence à Arras, Les Cinémas Indépendants de Bourgogne, Le Clap Poitou Charentes, le GRAC autour de Lyon, l'Association des cinémas du Centre). 

Dès que mon emploi du temps le permet j'aime venir en province ou en région parisienne présenter mes films et discuter avec le public.

Stella

En général, la circulation de ces films s’étale sur une année. Je les sors la première semaine de juillet et ils sont ensuite programmés toutes les semaines jusqu'au mois de juin de l'année suivante. Ensuite la programmation devient plus clairsemée. Le film touche au final au moins une centaine de salles, voire 150 pour DU SILENCE ET DES OMBRES, mais avec des résultats complètement aléatoires et inexplicables. Par exemple, cet hiver, en banlieue toulousaine, une copie de COMMENT VOLER UN MILLION DE DOLLARS qui circulait la même semaine sur 4 petites salles avec une séance unique hebdomadaire a attiré le lundi plus de 100 spectateurs et le mardi, à quelques kilomètres de là, une seule personne !

5 – Quel effet le numérique a-t-il sur votre activité ?

C'est  ma première "sortie numérique" et j'apprends. En 35mm on avait peur qu'une copie s'égare ou s'abime. Maintenant on est à la merci d'un mauvais calcul de fichiers, d'une KDM à envoyer. Mais je pense que le numérique a un avantage indéniable pour la fabrication des copies en série, la conservation du support sur une longue durée d'exploitation et le transport.  

La numérisation de STELLA a été un investissement lourd mais je pense qu'il sera bénéfique pour fournir des copies plus facilement aux salles. Cependant, si le numérique permet une souplesse de programmation, pourquoi une salle, ou un multiplexe, programmerait d'un seul coup du patrimoine sans l’avoir fait auparavant ? Ce type de programmation procède d'un désir profond des salles de montrer à son public des classiques, de créer une case, un rendez-vous, de proposer à des scolaires des films en noir et blanc ou en VO sous-titrée. C'est une prise de risque et un goût pour ce cinéma qu'il partage avec le distributeur. 

Stella

Par ailleurs, le numérique ne peut pas être la condition sine qua non : certains films ou certains distributeurs ne pourront pas forcément obtenir des copies numériques ou investir dans un master HD d'un titre qu'ils ont déjà en catalogue. La systématisation pour les salles de l’équipement numérique a fini par aboutir à des pratiques étranges. Des salles équipées à la fois en 35mm et en numérique demandent parfois les deux supports pour pouvoir passer le film d’un écran à l’autre. On m’a déjà demandé un dvd ou un blu-ray pour une salle équipée des 2 supports, plutôt qu’une copie 35mm. C’est assez aberrant. La salle et son opérateur doivent garder, malgré l'avantage du numérique, une certaine exigence et rigueur dans la qualité de leur projection.

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www.lostfilmsdistribution.com

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Jean-Baptiste Selliez, mai 2012