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Actualités - 17/09/2012

 

Lettre ouverte des exploitants européens

 

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Les institutions européennes sont actuellement en train de repenser les modalités de leur contribution à la bonne santé de l’industrie européenne du film notamment concernant la politique de la concurrence, le droit d’auteur, la distribution numérique et le soutien aux films et au secteur du cinéma. L’implication et la supervision du Conseil européen et des gouvernements nationaux sont indispensables pour mener à bien cette nouvelle stratégie européenne en direction du film et des cinémas.

Les signataires de cette lettre souhaitent vous encourager à placer les salles de cinéma européennes –moteurs culturels, sociaux et économiques de l’industrie du film - au centre de ce débat et nous vous offrons notre soutien inconditionnel dans cette démarche.

Les salles de cinéma ont un grand rôle à jouer dans la transition numérique qui bouleverse actuellement  l’industrie. Notre secteur dépend du bon déroulement du passage au numérique et des innovations qui y sont liées. En effet, certaines petites et moyennes salles ont toujours du mal à financer cette mutation et risquent de fermer si aucune solution de financement n’est trouvée. C’est aujourd’hui la question la plus pressante pour l’industrie européenne du film. Si elle n’est pas traitée, elle entravera l’accès au cinéma dans de nombreuses régions d’Europe.

L’exploitation en salle est basée sur la rentabilité de l’industrie du film dans sa totalité. Si les cinémas soutiennent le développement de plateformes VàD payantes, il ne faut pas perdre de vue qu’une œuvre cinématographique ne peut être rentable – et atteindre le public que si elle est exploitée selon un calendrier de sortie soigneusement élaboré (la chronologie des médias). La sortie en salle reste la meilleure rampe de lancement d’un film : elle génère une inégalable couverture publicitaire et satisfait la demande première du public. Le calendrier de sortie d’un film  dépend  d’accords commerciaux ou, le cas échéant, de la règlementation nationale. Nous croyons fortement que cet accord est bénéfique aux citoyens et aux consommateurs européens ainsi qu’à  toute l’industrie et nous conseillons aux institutions européennes de faire confiance au marché ainsi qu’à leurs homologues au niveau national qui sauront mettre en place les solutions les plus adaptées à chaque territoire européen. Nous souhaitons également insister sur le fait que les films sont à l’origine créés pour être projetés sur grand écran et que les salles de cinéma sont considérées comme le lieu par excellence pour apprécier une œuvre cinématographique. Il est tout simplement impossible de comparer l’expérience du film en salle avec celle d’un visionnage sur un appareil mobile.

Étant donné que le marché du film en salle est 10 à 15 fois plus étendu que celui de la VàD, nous pensons que certains développements récents de la politique audiovisuelle européenne sont déséquilibrés et pourraient même défavoriser, à moyen terme, l’industrie du film et du cinéma : l’action préparatoire destinée à soutenir des projets de sorties simultanées (day-and-date) notamment ; certaines critiques émises à l’encontre des pratiques actuelles de sortie des films  telles qu’on a pu lire dans la Communication Cinéma de la Commission européenne ; et dans le Livre Vert européen sur la distribution en ligne des œuvres audiovisuelles au sein de l’UE.

L’Europe a besoin de ses cinémas ! Ils sont des espaces d’échange créatif et favorisent la diversité culturelle. Les cinémas sont des symboles de ce que signifie être européen. Ils proposent du divertissement et sont source d’emploi dans toute l’Europe. À une époque où les modèles de gestion en ligne doivent encore prouver qu’ils peuvent participer durablement à la bonne santé de toute l’industrie du film, les revenus totaux du cinéma au sein de l’UE se stabilisent à 6,4 milliards d’euros en 2011. Les entrées ont également augmenté dans la plupart des pays européens. Mais le plus important : les films européens génèrent de plus en plus d’entrées dans les salles européennes. En 2011, les résultats des films européens ont atteint 274 millions et le box-office total pour les films européens s’élevait à 1,8 milliards d’euros. Ces revenus permettent de financer des emplois indispensables dans tous les États européens.

Le secteur de l’exploitation cinématographique traverse actuellement une période de mutation importante et nous encourageons le Parlement européen à ne pas porter atteinte  aux pratiques commerciales sur lesquelles la création, la diversité culturelle et l’innovation sont construites et, à l’inverse, nous lui demandons qu’il soutienne l’industrie et ses initiatives afin d’offrir aux cinéphiles un large choix inégalé de films sur grand écran. Mettre en péril  la fréquentation en salles par de nouvelles et inéquitables initiatives pourrait conduire à la fermeture définitive de nombreuses salles de cinéma. Ces cinémas sont souvent, à l’échelle locale, les seuls lieux où les Européens peuvent vivre une expérience culturelle et avoir des échanges créatifs hors de chez eux.

Nous invitons le Conseil européen à considérer avec attention la question suivante : les tentatives actuelles de certains décideurs politiques européens, aussi bien intentionnés qu’ils soient, de s’impliquer davantage dans les débats sur la façon dont les films sont distribués en Europe, sont-elles bien, au bout du compte, bénéfiques à la création et à la diversité culturelle en Europe ?

Merci d’adresser vos questions ou commentaires à Jan Runge, Président Directeur Général de l’UNIC (jrunge@unic-cinemas.org ), qui fera circuler l’information auprès de tous les signataires de cette lettre.

J. Weststrate

Président, Union Internationale des Cinémas

D Rossmann

Président, Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai

Ian Christie

Président, Europa Cinemas