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Actualités - 10/01/2005

 

Interview de Danielle Arbid, réalisatrice du film Dans les champs de bataille

 

Ce premier long-métrage de fiction a obtenu le Label Europa Cinemas - Quinzaine des réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes.

Le 29 décembre dernier, le distributeur Memento Films a sorti en France Dans les champs de bataille (Maarek Hob), sur 26 copies. Premier film de fiction de la cinéaste
Danielle Arbid, il narre la vie d'une jeune fille à Beyrouth dans les années 80, alors qu'autour d'elle la guerre fait rage. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs qui a eu lieu lors du dernier Festival International du film de Cannes, le film s'y est vu remettre sa première récompense, le Label Europa Cinemas - Quinzaine des réalisateurs. Les exploitants du réseau qui le programmeront se verront ainsi décerner un bonus.
Après Cannes, Dans les champs de bataille a poursuivi une brillante carrière dans les festivals, remportant notamment le Grand Prix de la Biennale des cinémas arabes organisée à l'Institut du Monde Arabe (IMA).
 
Danielle Arbid a répondu à nos questions.
 
1 - De quelle façon ce premier long-métrage de fiction s'inscrit-il dans votre travail de cinéaste ?
 
Depuis 1997, année où j'ai commencé à écrire et à réaliser des films, j'ai rarement réfléchi à une évolution quelconque. J'alterne les fictions et les documentaires "personnels", les courts et les longs, la vidéo et le film, de manière illogique et chaotique. Dans mes documentaires il y a de la mise en scène cachée et dans mes fictions des personnages réels. Cette liberté d'agir -absolument inconsciente et frénétique - est ma grande force. Mon secret : je fais des films comme on joue au poker. Je viens d'une famille de joueurs (comme vous pouvez le constater dans le film). La prise de risque représente pour moi la partie la plus excitante de l'affaire. Vous pourrez y voir de la spontanéité, moi, je le vis comme une liberté, un enivrement. Ce premier long-métrage s'inscrit dans cet esprit. Je travaille beaucoup et à un moment donné je lâche prise, pour savourer l'instant et les miracles qui peuvent tomber du ciel. J'ai donc soigné l'écriture du scénario, j'ai préparé la mise en scène comme il se doit pendant de longs mois et puis je me suis mise à guetter le hasard. A espérer qu'il vienne me chambouler tout ça.
 
2 - Quelle était votre volonté par rapport à la forme du film ? Quel est votre rapport au cinéma contemporain ? Considérez vous les contraintes éventuelles de production comme un moteur de votre travail ?
 
Jusque-là, je n'ai jamais eu de contraintes liées au financement. Tous mes films ont été financés correctement et, une fois terminés, ils ont tous reçu un excellent accueil. Si parfois j'utilise la vidéo, ce n'est pas par manque d'argent mais par volonté de travailler sur ce support-là.
Je pense que le cinéma de demain se situera au carrefour de l'art, de la fiction et du documentaire. Les modes techniques de travail évoluent à une telle vitesse qu'on peut, aujourd'hui, presque tout filmer avec une petite caméra. Les grands festivals s'ouvrent d'ailleurs à la vidéo.
Toutefois, je pense que chaque histoire impose son mode de traitement. Pour Dans les champs de bataille, je désirais vivement filmer les corps charnels et flottants des adolescentes. Je voulais raconter les sentiments qui les travaillent comme la révolte, la violence et le trouble lié au sexe. Et il m'a semblé que le grain de la pellicule pouvait rendre ces sentiments encore plus palpables.
N'ayant pas étudié le cinéma à l'école, je m'inspire de tout : de l'art, de la photo, des gens dans la rue et évidemment des films. J'aime beaucoup Antonioni.
 
3 - Quelles ont été les premières réactions du public et comment lui parlez-vous ?
 
J'ai présenté mon film dans pas mal de villes en France et à l'étranger (du Japon aux Etats-Unis en passant par plusieurs pays d'Europe, surtout en France). Partout, des spectateurs me disent : « ça me rappelle mon adolescence ». L'accueil est très bon. Et puis, je m'adresse au public comme je m'adresse à vous. Je m'efforce d'être claire et courageuse. Suivant toujours ma théorie sur le hasard, je rencontre parfois des gens formidables et je vis des situations inédites. En France, les exploitants que je rencontre sont enthousiastes et j'espère que le public leur donnera raison.
 
4 - Quelle est la perception de votre travail par les pays arabes ? Où en êtes-vous d'une distribution du film au Liban ?
 
J'aurais bien aimé présenter le film dans les pays arabes dans les festivals où il a été sélectionné, comme Carthage ou Le Caire, mais mon emploi du temps ne m'a malheureusement pas permis d'aller là-bas. J'étais très curieuse de découvrir le regard qu'ils posent sur le film, sachant que je refuse tout jugement moral sur mon travail.
A Beyrouth, Dans les champs de bataille a été montré une fois cet été. Les gens étaient
ravis. Il est très important de parler de soi dans une société où l'individu cherche sa place. Je me rends compte que pas mal de Libanais, de jeunes surtout, s'identifient à ce film et l'adoptent.
Je sors moi-même le film au Liban au printemps prochain.
Ventes internationales : www.bavaria-film-international.de
Distributeur français : www.memento-films.com
 
Propos recueillis par Jean-Baptiste Selliez