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Actualités - 11/07/2014

 

France, premier semestre 2014 : tour d'horizon des films à succès

 

Au premier semestre 2014, les cinémas français ont plutôt le sourire. Tour d’horizon des films qui ont bien fonctionné en salle, en France, de LA COUR DE BABEL à UNDER THE SKIN en passant par IDA, GODZILLA et MINUSCULE. Sans oublier de remercier le bon Dieu, bien sûr. 

Avec plus de 106 millions d’entrées et une hausse de 11,4% par rapport à l’année précédente, les salles de cinéma françaises affichent dans leur ensemble de bons résultats au premier semestre 2014. Parmi les 10 meilleurs films (par entrées), 6 sont français, dont 5 comédies qui représentent environ 20% des entrées de la période. Mais au-delà de ces films qui ont su attirer le très grand public (certains ont déjà commencé leur carrière à l’international), nous présentons ici un tour d’horizon aussi exhaustif que possible de ceux dont on peut dire qu’ils ont « rencontré » leur public, voire dépassé les attentes, eu égard à leur nombre d’entrées, au nombre de salles dans lesquelles ils sont sortis, à leur progression et à leur durée de vie sur les écrans.

Honneur aux plus petits, nous commençons par les documentaires, dont le plus emblématique sur le semestre est La cour de Babel, de Julie Bertuccelli. 190 000 spectateurs ont vu ce film sorti dans 98 salles. Au plus fort de sa carrière, 229 salles le projetaient, signe de l’intérêt des exploitants.

Deux autres documentaires français se sont également distingués: Comment j’ai détesté les maths, sorti dans seulement 30 salles, a attiré 77 000 spectateurs, tandis qu’Au bord du monde, présenté à Cannes à l’ACID en 2013, a réalisé 40 000 entrées (pour 10 salles en 1ère semaine).

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Dans une moindre mesure, les films de Wang Bing (Les Trois sœurs du Yunnan), de Michel Gondry (Conversation animée avec Noam Chomsky), de Morgan Neville (Twenty Feet from Stardom) et de Stefan Haupt (Sagrada), tous à plus de 25 000 entrées, ont fédéré un public non négligeable. A l’inverse, Sacro GRA et Maïdan, malgré leurs qualités, ont connu des résultats décevants.

Si les documentaires semblent avoir bénéficié de la numérisation des salles pour leur diffusion, ce n’est peut-être pas encore le cas des films de répertoire. Le boom des sorties de films restaurés ne s’accompagne pas, de façon visible, par de vrais succès au box-office. Sur les derniers mois, citons cependant les résultats de Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 7 000 entrées), de l’Othello d’Orson Welles (5 000) ou bien encore de la Rétrospective Bergman orchestrée par Carlotta, qui poursuit actuellement sa route au-delà des 21 000 spectateurs.

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Sans transition, à l’autre extrême de la chaîne, le cœur des salles de cinéma bat donc pour ces comédies françaises qui permettent à la fréquentation de renouer avec les chiffres d’avant 2013. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (bientôt 11 millions d’entrées) et Babysitting (à plus de 2,2 millions) sont les succès inattendus de la période, le second avec un public peut-être plus ciblé sur les lycéens et jeunes adultes que le premier. Le dernier Dany Boon (Supercondriaque), à plus de 5 millions, est l’autre grand succès du moment, tandis que Fiston, Barbecue et Sous les jupes des filles témoignent aussi d’un certain engouement du public. Ces films, à de rares exceptions près, ont été peu diffusés dans les salles Europa Cinemas. 

Un peu plus loin dans le classement, Dans la cour, de Pierre Salvadori et La Ritournelle, de Marc Fitoussi, sont deux comédies qui ont davantage trouvé leur public dans les salles art et essai. Le premier totalise 356 000 entrées, tandis que l’autre devrait dépasser bientôt les 300 000. Ils font partie de la petite dizaine de films français qui sur la période ont su concilier un bon accueil (voire très bon) de la presse et du public. Yves Saint Laurent en est le fer de lance (1,6 million), devant De toutes nos forces (653 000), Lulu femme nue (près de 500 000), Suzanne (319 000) ou encore le nouveau film de Pascale Ferran, Bird people (bientôt 150 000), l’un des seuls films de Cannes dont on peut considérer qu’il connaît une bonne carrière en salle. Aux alentours des 50 000 entrées, on retrouve enfin trois films dont les résultats méritent d’être cités : Eastern Boys, deuxième long-métrage étonnant de Robin Campillo et deux films « starring » Vincent Macaigne, 2 automnes, 3 hivers et Tonnerre.

Avec Pas son genre, le belge Lucas Belvaux renoue avec un ton plus léger que ses films précédents, ce qui lui réussit bien (350 000 entrées). Il fait partie de la dizaine de films européens qui nous permettent de penser que l’année 2014 sera légèrement meilleure que 2013 pour les salles Europa Cinemas, du point de vue de leur objectif de diffusion du cinéma européen (2013 était une mauvaise année).

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Sur le semestre, Philomena (717 000 entrées), Deux jours, une nuit (peut-être 600 000) et Ida (près de 500 000 entrées, Coup de coeur des exploitants Europa Cinemas en novembre 2013) sont des réussites en salle, devant Selfish Giant (Label Europa Cinemas), Viva la liberta ou Zwei Leben. Cependant, les résultats mitigés des deux Nymphomaniac, de Mère et fils, Le grand cahier (Label Europa Cinemas), Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ou Les poings contre les murs, tous relativement bien accueillis par la critique, témoignent de la difficulté pour les distributeurs et exploitants de faire exister les films de nos voisins.

Car la concurrence est forte, à commencer, dans les salles art et essai, par celle des films venus de pays plus lointains et dont le succès nous réjouit fortement : le film indien The Lunchbox et le japonais Tel père, tel fils ont réalisé de très beaux parcours, devant A Touch of Sin (Chine) et My Sweet Pepper Land (France/Irak/Allemagne). Tous les 4 étaient présentés à Cannes en 2013. Avec Black Coal (Chine, Berlin 2014) et Rêves d’or (Mexique), voire les premiers films de la mexicaine Claude Sainte-Luce (Les drôles de poissons-chats) et du brésilien Kleber Mendonça Filho (Les bruits de Recife), ils témoignent du maintien d’une curiosité du public pour un cinéma venu d’ailleurs.

N’oublions pas, cependant, que pour 1 spectateur allant voir Ida, 3 voient les films de Steve McQueen ou Wes Anderson. 12 Years a slave et The Grand Budapest Hotel, à plus de 8 000 entrées par copie et respectivement 1,7 et 1,4 million d’entrées en France, sont les principaux films d’auteurs américains du semestre, bien diffusés dans les salles du réseau, tout comme les films de Spike Jonze (Her) et Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive, classé européen), respectivement à 460 000 et 306 000 entrées.

Pour parfaire ce tour d’horizon, citons les principaux blockbusters du semestre. Le dernier volet des X-Men, à près de 5 000 entrées par copie (et plus de 3 millions d’entrées) est un large succès  (comme il l’est à l’international), devant plusieurs films américains au-dessus du million d’entrées : Non-Stop, Captain America, le soldat de l’hiver, Noé, Divergente et Godzilla. Le dessin animé japonais Albator s’ajoute à la liste avec ses 725 000 entrées.

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Côté cinéma familial enfin, ces films qui font le plus gros des entrées depuis maintenant une vingtaine d’années, le semestre a permis l’expression d’une relative diversité, avec le large succès des français Minuscule (1,4 million), qui sera diffusé en Chine sur plus de 1 000 écrans, La Belle et la Bête (1,8 million en France et déjà un succès en Italie) et Belle et Sébastien (près de 3 millions). Le dernier film de Miyazaki, Le Vent se lève (769 000) et les américains Mr Peabody et Sherman, La Grande Aventure Lego, Maléfique et Rio 2 (entre 1 et 2 millions d’entrées) complètent ce panorama.

Ce premier semestre a donc vu un certain nombre de films, toutes nationalités confondues, attirer un large public.

Cependant, la baisse des entrées au mois de juin, le score modeste des premiers films de Cannes sortis en salles et la rareté des films européens à succès, donnent matière à relativiser une vision trop optimiste. Actuellement à l’affiche, Under the Skin se présente ainsi sous un jour paradoxal : certes, ce film anglais qui est peut-être la plus forte proposition cinématographique de l’année (chef d’œuvre ?), signe une très bonne moyenne sur ses deux premières semaines d’exploitation. Mais la prudence de sa diffusion (53 salles en première semaine, malgré l’argument Scarlett Johansson), indique que personne ne peut se garantir un succès.

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Dans les semaines à venir, sont notamment attendus, pour ce qui concerne le cinéma européen, plusieurs films anglais  et quelques films français passés par Cannes, à commencer par Les Combattants (Label Europa Cinemas), le 20 août.

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Images de haut en bas: La Cour de Babel, Le Septième Sceau, Babysitting, Ida, Minuscule, Under the Skin

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Jb Selliez, juillet 2014