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Actualités - 21/01/2011

 

Contenus alternatifs : la grande invasion ?

 

L’essor de la projection numérique, ces toutes dernières années, s’est accompagné du développement de l’offre en contenus dits « alternatifs ». Nous apportons ici un regard sur ces nouvelles pratiques à travers les cas d’un distributeur tchèque et d’une salle slovaque du réseau.

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Le succès des opéras en live du MET est emblématique de l’essor des contenus « alternatifs » proposés aux salles de cinéma. Désormais diffusé sur plus de 1000 écrans et dans une quarantaine de pays, ce cycle a suscité d’autres propositions de la part, notamment, du Bolchoï ou de l’Opéra de Paris. Au-delà de l’opéra, les salles proposent aujourd’hui des spectacles musicaux ou sportifs, voire des spectacles comiques ou de cirque.
De nouvelles sociétés se sont lancées sur ce marché, telles CielEcran en France ou Arts Alliance Media au Royaume-Uni. Certains exploitants ont lancé leur offre, comme Folkets Hus en Suède ou le groupe CGR avec Côté Diffusion en France. Autre exemple notable : celui du distributeur indépendant Aerofilms (voir notre entretien).

La diffusion en live (et maintenant en 3D) de ces contenus nécessite un investissement financier important et ce sont surtout les multiplexes qui les programment à une grande échelle. Cependant, il n’est plus rare de voir des salles art et essai en proposer. Dans le réseau Europa Cinemas, c’est notamment le cas des salles du Royaume-Uni ou de République tchèque.
Selon Catharine Des Forges, de Independent Cinema Office au Royaume-Uni, « les principales salles commerciales voient ces contenus alternatifs de façon très positive car ils génèrent de nouvelles recettes et attirent de nouveaux publics, mais les petites salles, traditionnelles, indépendantes, considèrent qu’ils ne font pas partie de leur cœur d’activité *».

Ainsi, pour la salle de cinéma, ces contenus ont l’avantage de générer des revenus supplémentaires (le prix de la place est majoré) et d’attirer de nouveaux publics, en espérant qu’il reviendra y voir des films. Ils permettent aussi d’améliorer le taux d’occupation des salles, tout en présentant, selon certains, un intérêt civique en apportant des contenus culturels à des publics qui n’y avaient pas accès.

Mais ils ne sont pas forcément vus d’un très bon œil par les distributeurs. En France, le syndicat professionnel DIRE, qui représente les distributeurs indépendants, a publié un communiqué pointant la réduction du nombre de séances pour les films, alors même que ce sont les distributeurs qui financent une partie de l’équipement numérique via les VPF. La FNCF (Fédération Nationale des Cinémas Français) a tenté de calmer le jeu en arguant que ces événements occupent une place très minoritaire. Le même constat est fait dans le réseau Europa Cinemas : 59 salles du réseau avaient diffusé en 2009 des contenus alternatifs, pour une part très faible de leurs séances. Ce débat, en France, a en partie été réglé en janvier 2011 par un décret sur la diffusion des spectacles vivants.
Selon Screen Digest, ces contenus représentaient 0,5% des recettes des salles américaines qui constituaient, de par leur avancée en matière d’équipement numérique, les deux tiers de ce marché en 2009. Cette proportion devrait cependant diminuer les prochaines années : le marché américain représenterait 48% de ce nouveau marché en 2014.

* http://supportyourlocalcinema.com/profiles/blogs/whose-cinema-is-it-anyway
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Tchéquie - Entretien avec Ivo Andrle, Aerofilms, Prague

Aerofilms cumule plusieurs casquettes. Après avoir débuté en 1998 par l’exploitation d’un cinéma de Prague devenu culte, l’Aero (premier membre tchèque de notre réseau), la société s’est développée, en assurant la programmation de plusieurs salles Svetozor, Oko) et en devenant l’un des principaux distributeurs indépendants tchèques. Ces dernières années, la société s’est également investie dans le développement du numérique en participant aux expertises et groupes de travail, à un niveau national et européen. Elle s’est lancée récemment dans la distribution de contenus alternatifs, non seulement en République tchèque mais aussi en Pologne, Slovaquie, Slovénie, Hongrie et Roumanie. La société distribue notamment les opéras du MET, les Ballets de l’Opéra de Paris, les Ballets du Bolchoï, le concert de Simply Red.

Comment choisissez-vous les contenus alternatifs ?
Aujourd’hui, l’offre est loin d’être large : il n’est donc pas très difficile de faire son choix dans l’offre actuelle. Mais nous considérons cette phase comme un simple début et pensons que le nombre de projets et de contenus alternatifs en live augmentera rapidement. Il est important pour nous d’être présents sur ce segment du marché dès le commencement, de construire un réseau de cinémas adhérents et de faire l’expérience des contenus alternatifs, du point de vue technique, de leur promotion et de leur distribution à des publics divers, sur des territoires et dans des contextes variés. Dans le futur, nous aimerions nous concentrer sur des contenus qui maintiendront un niveau artistique équivalent à celui atteint par les retransmissions du MET en HD. Nous voulons aussi être certains de pouvoir identifier un public cible pour chaque projet.

Sur quelles bases travaillez-vous avec les salles ? Avez-vous des critères pour les sélectionner ?
L’équipement technique de la salle est primordial. Nous optons pour des cinémas qui ont fait un bon travail de promotion locale pour des films réguliers, qui ont ainsi démontré le dynamisme de leur gestion et seront capables d’assurer la promotion des contenus alternatifs. Parfois, nous collaborons avec des structures qui ne sont pas des cinémas, par exemple des théâtres, des salles de concert, des maisons de la culture. C’est notamment le cas dans les villes qui ne disposent pas de salles avec l’équipement technique nécessaire. Nous prêtons également attention aux coûts (satellite, coûts techniques) liés à chaque diffusion. Nous ne voulons pas que les salles perdent de l’argent. C’est pourquoi nous ne les acceptons pas toutes. Nous faisons attention à la demande locale et ne voulons pas impliquer trop d’écrans dans une même ville ou une même zone.
Nos relations avec les salles sont basées sur des contrats de licence. Nous sommes le représentant local du fournisseur de contenus et notre rôle est de nous assurer que les cinémas puissent obtenir toutes les informations nécessaires sur la relation commerciale, de les aider sur la traduction, de leur fournir du matériel publicitaire et d’organiser les échanges financiers entre la salle et le propriétaire des contenus. En général, nous prélevons une petite part des recettes de la salle.

Pensez-vous que ces contenus amènent un public nouveau dans les salles ?
Certainement. Il y a trois ans, nous avons débuté avec la projection du MET et depuis, à notre grande surprise, nous avons constaté que le public est composé de 75% de nouveaux spectateurs. Ils sont intéressés par l’opéra, pas forcément par les films. C’est une bonne nouvelle, dans la perspective de l’élargissement du public des salles.

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Comment alliez-vous votre rôle de distributeur de films indépendants à cette nouvelle activité de distribution de contenus parallèles ?
D’une part, ces dernières années, nous avons eu plus de mal à distribuer avec succès des films européens d’auteurs, de petite ou moyenne tailles. Les contenus alternatifs peuvent d’autre part nous aider à équilibrer l’entreprise financièrement et nous permettre ainsi de ne pas perdre notre rôle sur le marché. En même temps, nous cherchons de nouvelles stratégies pour sortir les films art et essai. Nous ne souhaitons pas y renoncer. Nous avons seulement pris conscience de l’inefficacité, aujourd’hui, des méthodes classiques de promotion et de distribution de ces films. Nous avons besoin de les redéfinir.

D’après vous, quelles sont les perspectives d’évolution de ce marché ?
Comme je le disais, je suis persuadé que le marché des contenus alternatifs, en particulier pour le direct (qui permet le partage d’une expérience, au même moment, dans différents pays du monde), va croître. Cela ne veut pas forcément dire que tous les contenus seront de bonne qualité et auront du succès. Néanmoins, je pense que beaucoup d’évènements culturels, sportifs et sociaux seront tentés de suivre les traces de leurs prédécesseurs. Dans une perspective à long terme, il faut accepter le fait que les contenus s’intègrent pleinement à la programmation de la majorité des salles dans le monde.

Pour l’instant, on parle surtout des opéras, concerts, etc. Pensez-vous que les contenus dits « alternatifs » pourraient être reliés à des contenus plus « cinéphiles », au cœur de l’activité de la salle de cinéma, à savoir le film ?
Je ne suis pas sûr. Je ne pense pas que les salles vont accorder la majorité de leur programmation aux contenus alternatifs. Les contenus « réguliers » (notamment la 3D) constitueront la majorité de la programmation dans les années à venir.
Mais, en lisant rapidement le programme d’une de nos salles pour dimanche prochain, je vois que le ballet de l’Opéra de Moscou sera diffusé à 17h et le concert de Simply Red, en live, à 22h. Donc, d’une certaine manière, tout ce nous avons à faire est de changer la position de l’antenne sur le toit en fonction de l’émetteur du film :).
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Slovaquie - Focus sur le Kultura à Ružomberok
Nous présentons maintenant un article sur une salle slovaque du réseau, qui reçoit les contenus de alternatif de Aerofilms.
Le cinéma Kultura, mono-écran de 204 places, est situé dans un centre culturel à Ružomberok, petite ville de 30 000 habitants au nord de la Slovaquie. Grâce à la politique de la ville, c’est la première salle indépendante du pays équipée en numérique 2K (et en 3D) depuis 2009. En ce qui concerne les films, l’équipement sert pour l’instant essentiellement à projeter des films américains. La demande du public pour la 3D est forte. La salle réalise environ 47 000 entrées par an (dont près de la moitié en 3D), un bon chiffre pour un écran unique.
C’est le 22 juin 2010 que la salle a diffusé pour la première fois un contenu alternatif live : en l’occurrence, il s’agissait de la retransmission du concert de hard-rock The Big Four (Metallica, Slayer, Megadeth, Anthrax), qui n’a attiré que 66 spectateurs. De nombreux spectateurs potentiels ont certainement préféré voir le concert, en vrai, lorsqu’il a eu lieu en Tchéquie. La diffusion d’un opéra du MET, quant à elle, a attiré 103 spectateurs, dont certains sont venus pour la première fois dans la salle.
Après la diffusion du MET, la direction a souhaité montrer un événement sportif, lequel a attiré un autre public. Résultat des courses : les supporteurs ont demandé alcool et cigarettes, qui sont bien sûr interdits dans la salle… Aussi, l’objectif est-il aujourd’hui de proposer davantage de musique moderne tout en renforçant la promotion des événements.
Le prix des places est fixé par le fournisseur entre 12 et 16 euros. Au final, la salle récupère entre 30 et 40% des recettes. Même s’il s’agit d’événements spéciaux ayant plus à voir avec le spectacle qu’avec le cinéma, la réservation se fait directement dans la salle et non par un service de réservation en ligne.
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 Quelques liens
Aerofilms
Kultura
Live Cinema Events
More2Screen
Arqiva
RealD
CielEcran
Côté Diffusion
Folkets Hus och Parker
Arts Alliance Media

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Nathalie Baranger, Emily Boldy, Markéta Colin-Hodouskova, Jb Selliez - décembre 2010 - janvier 2011
Images: Kino Aero, Kino Svetozor, Ruzomberok, The Big Four
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