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Actualités - 13/02/2012

 

Cinémas 93 : l’action culturelle en réseau

 

Cinémas 93, Rencontres

On connaît la richesse de Paris en matière de salles de cinéma. Mais à trop se focaliser sur le centre, on en oublie parfois que la banlieue parisienne peut aussi compter sur un tissu vivant de salles art et essai dynamiques. Celles-ci sont parfois reliées entre elles par des associations, comme c’est le cas des 22 salles municipales et associatives du département de la Seine Saint-Denis (le 93, au nord et nord-est de Paris).

Deux de ces 22 salles sont membres du réseau Europa Cinemas : l’Ecran à Saint-Denis, où se tient ces jours-ci son festival annuel « Est-ce ainsi que les hommes vivent », consacré aux Révolutions, et le Magic Cinéma de Bobigny, organisateur du festival Théâtres au Cinéma (dont la rétrospective célébrera en mars Barbet Schroeder, après Alain Tanner il y a un an).

Cinémas 93 a été créée en 1996, d’une volonté des salles de cinéma de mener des projets communs et d’échanger sur leur métier, et de celle du Conseil général de créer une manifestation autour du cinéma comme il en existait pour d’autres arts. C’est ainsi que sont nées les Rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis, qui, en novembre 2011, ont notamment honoré Luc Dardenne, Souleymane Cissé et Hal Hartley.

Les salles de Cinémas 93 conservent leur indépendance, mais peuvent compter sur les actions de réseau de cette association que nous voulons ici présenter à un public européen. Rencontre avec Frédéric Borgia, son délégué général.

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Cinémas 93, Frédéric Borgia, Claude Chabrol

Quel est votre point de vue sur les salles de cinéma du 93 ?

22 villes (sur les 40 du département) ont une salle municipale ou associative. 22 salles et 38 écrans, c’est un réseau très dense pour un département d’une banlieue soi-disant « paupérisée ». Ces salles représentent tout de même 25% de la fréquentation totale du 93. Face à nous, nous avons des multiplexes, notamment le 4ème cinéma de France qui capte près de 2,5 millions de spectateurs. Les résultats des cinémas publics sont donc loin d’être ridicules. Et surtout, sans ces salles, le cinéma art et essai (notamment européen) ne serait pas représenté.

Cependant, c’est un réseau hétérogène. Certaines salles sont plus fortes que les autres. Les plus fragiles sont dans des villes plus petites, moins bien desservies par les transports en commun. Mais elles restent dynamiques et ce réseau a pour nécessité de réfléchir aujourd’hui à son évolution, notamment en termes de proposition faite au public, d’action culturelle. On ne peut pas se battre sur la rotation des films par rapport aux multiplexes. Nous devons accompagner d’une autre façon le public, par des actions éducatives, des animations culturelles.

Sur une semaine, le réseau organise entre 6 et 10 actions. Ce niveau d’action culturelle est donc très élevé.

 

Pensez-vous jouer un rôle « social » ?

Les salles de cinéma du 93 jouent un rôle social ne serait-ce que par leur tarification. Un spectateur abonné à une salle du réseau est automatiquement abonné aux 21 autres salles. Les tarifs sont vraiment accessibles, notamment pour les familles. En moyenne, le tarif abonné est de 4.5 €.

D’autre part, notre rôle est social par les contenus que nous apportons aux habitants de villes telles que La Courneuve, Saint-Denis… Nous organisons des ciné-concerts, des ciné-karaokés… Par exemple, avec le Cinéma Georges Méliès de Montreuil, nous avons organisé une rencontre entre Souleymane Cissé et une dizaine de jeunes, qui ont réalisé un film autour de cette rencontre.

La moitié des salles ont un responsable Jeune Public et nous animons ce réseau. A travers eux, nous touchons les animateurs des centres de loisirs ou centres sociaux. Notre association, départementale, touche ainsi le local grâce au relais des salles.

En outre, notre rôle est fonction de l’actualité. Lors des violences urbaines de 2005, nous n’étions pas satisfaits de l’image renvoyée par le département. Nous avons mis en place des « Actualités démocratiques », faisant appel aux spectateurs, qui nous proposaient leurs propres actualités en vidéo. Pendant 2 ans, nous avons reçu des films qui ont été montrés en avant-programme ou lors de séances spéciales. En accueillant les discussions entre citoyens, la salle de cinéma joue pleinement son rôle de lien démocratique.

 

Quels sont les objectifs de l’association ?

Ils peuvent être synthétisés en trois axes.

Nous mettons en place des actions de réseau, notamment les Rencontres cinématographiques (un festival de 10 jours) mais aussi des programmes et événements dans les salles, qui représentent environ 10% de leur programmation.

En matière d’actions éducatives, nous coordonnons le dispositif Collège au Cinéma dans le département. Nous créons des actions pour les touts petits (2-5 ans), notamment un programme annuel de courts métrages dont nous éditons les copies et qui tourne dans le département et au-delà. Les droits de ces films (par exemple, ceux de films russes dans le programme « A petits pas ») sont acquis pour 2 ou 3 ans. De plus, l’association a lancé il y a quelques années les ciné-conférences pour les enfants. A partir d’extraits de films et de photos, nous traitons de thèmes comme « Les Méchants au cinéma » ou « La Peur au cinéma ». La rencontre avec l’artiste est privilégiée.

Cinémas 93, A Petits Pas

Enfin, le Conseil général a développé plus récemment une aide à la création. Nous coordonnons le dispositif d’aide du Département, « L’aide aux film court en Seine Saint-Denis », qui soutient une dizaine de courts métrages par an, en post-production et en diffusion. Nous diffusons ces courts dans des lieux très divers, salles de cinéma mais aussi classes ou lieux alternatifs. Ces projections sont à chaque fois accompagnées par les réalisateurs ou producteurs.

Notons que l’usage du numérique fait désormais partie de nos objectifs. Cinémas 93 a pour mission de réfléchir à l’usage de l’équipement et nous voulons rester à la pointe de la réflexion et de l’action. C’est pourquoi nous organiserons une journée d’études pendant les Rencontres, durant la 2ème quinzaine de novembre.

 

Quel rôle jouez-vous par rapport aux salles en termes de programmation et d’animation ?

Nous essayons de proposer aux salles de nouvelles formes d’animation et faisons circuler des actions que les salles ne pourraient pas financer individuellement, en jouant sur la mutualisation des coûts. Le ciné-concert que nous avons fait circuler en novembre était ainsi proposé dans 6 ou 7 salles. Nous négocions le prix et prenons en charge une partie du coût. Nous assurons la préparation des ciné-conférences. De même pour une ciné-comptine qui accueille la conteuse Michèle Baczynsky. Nous avons par ailleurs passé des commandes au pianiste Jacques Cambra, qui est intervenu sur un programme de courts métrages inédits sélectionnés avec le distributeur Lobster. Nous avons d’autres projets, telle la diffusion de web-documentaire. Notamment un web documentaire sur les territoires d’Ile-de-France.

Nous nous servons des films pour bâtir des animations. FANTASTIC MR.FOX a été l’occasion de créer une « question de cinéma » autour du thème de la famille, à destination des enseignants, des professionnels de l’enfance, des parents et des enfants. Autour du film MAX ET LES MAXIMONSTRES, nous nous sommes demandés « A quoi rêvent les enfants ? ».

 

Comment intégrez-vous le numérique dans votre action ?

L’année dernière, nous avons mené des actions de sensibilisation auprès des salles. La grande majorité des salles seront équipées dans 6 mois. Aujourd’hui, nous sommes dans une réflexion sur la façon d’intégrer le numérique dans notre action culturelle. Notre propos n’est pas de diffuser les nouveaux contenus que sont les opéras ou pièces de théâtre, dont les salles peuvent s’emparer elles-mêmes si elles le souhaitent. Le numérique va faciliter la diffusion de films, de courts métrages et nous essayons de voir comment cette technologie va permettre aux artistes de se rapprocher de la salle et du public. De nouvelles formes visuelles peuvent être amenées dans la salle et inciter le public à participer. Les nouveaux outils, tablettes ou écrans tactiles, permettent d’amener le public, les enfants, à créer des films diffusés ensuite sur le grand écran. Films et spectacle vivant vont être amenés à se rencontrer.

 

Comment se développe le soutien aux courts métrages du Département ?

La première aide intervient en post-production, phase la plus difficile de la production du court métrage. Les films peuvent avoir été tournés hors du département. La deuxième aide va à la diffusion. Nous soutenons uniquement des films qui n’ont pas reçu d’apport du CNC. Ce sont donc des films d’autant plus fragiles.

Les films sont présentés lors de soirées spéciales ou en tant que préprogramme, comme ce fut le cas avec CROSS, réalisé par Maryna Vroda, Palme d’or en 2011 à Cannes. Ces dernières années, nous avons d’ailleurs reçu plusieurs prix, notamment à Angers. FAIS CROQUER, de Yassine Qunia, y a remporté un prix le week-end dernier tandis que LA DAME AU CHIEN, de Damien Manivel, avait été primé en 2011. Cette reconnaissance nous fait du bien !

La semaine prochaine, deux de mes collaborateurs seront au Festival de Clermont-Ferrand et nous y ferons une fête pour le numéro 101 de Bref, qui consacre son DVD aux 5 ans de l’aide au court-métrage en Seine Saint-Denis.

Cinémas 93, Formation

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Cinémas 93 emploie aujourd’hui 6 salariés. L’association est soutenue par le Conseil général du département (aux trois quarts de son budget), par le Conseil régional d’Ile de-France et la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles). Une part de son budget est assurée par une cotisation modeste des salles membres.

http://www.cinemas93.org

http://www.magic-cinema.fr

http://www.lecranstdenis.org

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Jean-Baptiste Selliez, Février 2012