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Actualités - 09/08/2011

 

Christiane Schleindl,Fédération des salles municipales, Allemagne

 

2011_Bundesverband kommunale Filmarbeit

La « Bundesverband kommunale Filmarbeit », ou Fédération des salles municipales allemandes, compte aujourd’hui 170 salles qui représentent 4% des écrans du pays. Quelques-unes sont membres d’Europa Cinemas, notamment le Filmhaus Nürnberg, dont l’exploitante Christiane Schleindl est aussi la présidente actuelle de la Fédération. Nous lui avons posé quelques questions sur les objectifs de la Fédération, à l’heure du passage au numérique.

Comment définir les cinémas municipaux allemands comme le Filmhaus à Nüremberg ?
Quel est leur rôle dans le paysage cinématographique allemand ?

Les cinémas municipaux sont des lieux de culture cinématographique destinés à la population multiculturelle  et aux visiteurs d’une municipalité ou d’une région. Ces lieux, au prix d’entrée abordable, donnent au public la possibilité de se rencontrer pour discuter autour des arts visuels. . Ils travaillent de façon indépendante. Ils ne sont pas en compétition avec d’autres cinémas d’art et d’essai, mais ils enrichissent culturellement l’offre cinématographique. « Montrer des films différents, différemment », telle est leur devise depuis les années 80. 
Les cinémas municipaux sont un élément essentiel du paysage cinématographique du pays depuis 40 ans. Il y a aujourd’hui 170 cinémas municipaux. Même s’ils ne représentent que 4% des écrans allemands, ils sont indispensables de par leur rôle de « musée du cinéma », d’accueil de festivals, de présentation de cinéma expérimental,  de films politiquement et socialement engagés du monde entier. Ces salles sont des lieux de rendez-vous interdisciplinaires et d’ « école » pour le regard.
Ce sont des lieux publics où débattre des questions culturelles, sociales et politiques qui concernent le monde entier, mais aussi des questions régionales. Ils montrent des films historiques, la plupart du temps avec un accompagnement et en version originale. Les films sont mis en relation avec les événements les plus récents. Ces lieux accueillent des avant-premières de films de jeunes réalisateurs et d’artistes audiovisuels du monde entier et présentent les nouvelles formes cinématographiques. Ces films engagés – socialement, politiquement ou culturellement – sont non seulement présentés par des intervenants mais aussi discutés par des invités, experts ou autres. Certains cinémas municipaux disposent d’archives de films, de salles de conférences, de bibliothèques, organisent des ateliers filmiques et sont à l’initiative de festivals de films.
La plupart des cinémas municipaux sont des cinémas commerciaux mais leur but premier n’est pas la rentabilité. C’est pour cette raison qu’ils dépendent souvent des soutiens financiers publics, des municipalités ou des régions. L’équipe est idéalement composée de spécialistes du cinéma (théoriciens ou historiens) et d’autres personnes ayant des expériences diverses liées aux films et aux salles de cinéma. Le Filmhaus de Nuremberg est devenu une sorte de modèle pour les autres cinémas municipaux d’Allemagne. Pour les programmes de films les plus chers, nous travaillons avec d’autres cinémas  allemands et des archives.

Depuis 2006 vous êtes présidente de la fédération des cinémas municipaux allemands, quels sont plus précisément les objectifs et les priorités de cette association ?

La fédération existe depuis  plus de 30 ans et se caractérise par un réseau hétérogène de cinémas municipaux, de festivals, de musées du cinéma et même d’autres associations européennes similaires. Notre association vise à échanger des programmes, à mettre en place des cycles itinérants et des programmes de films internationaux, à apporter un conseil et des connaissances sur les films, le cinéma et le travail des cinémas municipaux. La fédération est en contact avec les décideurs de la politique culturelle à l’échelle régionale, fédérale et européenne et représente politiquement  ses membres, notamment au niveau du pays. Nous essayons de rassembler les différents acteurs qui ouvrent pour la préservation et le renforcement d’une culture cinématographique indépendante et diversifiée. L’association siège au sein de la FFA et est membre fondateur de Vision Kino GmbH, qui organise différentes activités de cinéma à l’école aux niveaux national et régional.
Pour informer et communiquer, nous avons mis en place la revue “kinema kommunal”, une newsletter régulière, une plateforme internet et des publications liées aux séminaires, aux conférences et aux films en général. Une fois par an, nous organisons une réunion ouverte aux autres associations et aux cinémas d’art et d’essai. C’est une opportunité de plus pour apprendre  et discuter des sujets qui feront le futur. Lors du Festival de Berlin, nous décernons le « Caligari-Filmpreis » avec  le magazine Filmdienst et le Forum international de la Berlinale. Nous travaillons également avec l’AG Kurzfilm (association allemande du court-métrage) à l’organisation du « Deutsche Kurzfilmpreiskinotour », qui fait circuler des courts métrages dans toute l’Allemagne. En outre, la fédération s’occupe des accréditations de ses membres aux festivals de cinéma.
Ces dernières années, l’attention s’est portée sur la transition numérique, le patrimoine cinématographique et la coopération européenne. L’association essaye de devenir  un véritable acteur culturel et de travailler au plus près avec des partenaires européens.

Vous avez évoqué le passage au numérique. En la matière, quelle est la position de la fédération et  quelle est la situation des cinémas municipaux en Allemagne ?

L’année dernière, différents acteurs du secteur – les cinémas d’art et essai, les distributeurs indépendants, le BKM (ministère de la culture) et la FFA - ont travaillé ensemble à la création d’un modèle de soutien au numérique pour les cinémas de petite et moyenne taille. La fédération a été très impliquée. Néanmoins nous n’avons pas atteint tous nos objectifs. Le modèle de soutien au numérique fonctionne pour la moitié des cinémas municipaux, ceux qui remplissent les critères exigés. Le futur des autres cinémas municipaux reste incertain. Nous sommes convaincus qu’un soutien supplémentaire est essentiel pour aider les initiatives à but non lucratif, les cinémas étudiants ou les petits cinémas d’art et d’essai dans les zones rurales. Nous organisons des projets et des activités politiques à l’échelle municipale, régionale et fédérale, mais nous pensons aussi qu’il y a besoin d’un dialogue et de solutions à l’échelle européenne.
Les cinémas municipaux ont expérimenté très tôt le cinéma numérique, mais ils ont aussi réalisé très tôt que la culture cinématographique européenne risque d’être mise en danger par la standardisation du DCI. Les frais de mise à jour de l’équipement et l’influence des tiers sur la programmation des cinémas européens d’art et d’essai risquent d’affaiblir les distributeurs indépendants en Allemagne et menacent certains des plus petits cinémas, des salles pourtant primordiales. La plupart des cinémas municipaux de grande taille continueront à travailler de manière hybride. Cela implique des frais importants de reconstruction et de fonctionnement, surtout principalement car l’un de nos principes est de montrer les films dans leur format d’origine. D’un autre côté, ces cinémas doivent avoir la possibilité de montrer des films au format DCI quand ils organisent des festivals et diffusent des films en avant-première, notamment.
Un autre défi sera la préservation et la présentation du patrimoine cinématographique à l’ère du numérique. Il semblerait que le patrimoine cinématographique n’est pas supposé jouer un rôle important dans la programmation du cinéma. Les sociétés qui les détiennent demandent des droits faramineux et les copies de films récents sont détruites au bout de six mois. Pour des raisons financières, les archives se concentrent sur l’archivage, la présentation des films sur internet et leur restauration. Très souvent, il n’existe pas de copies numériques qui peuvent être utilisées dans les cinémas. Même si c’est un problème européen, il semble qu’il n’y a pas encore de véritable prise de conscience. Nous avons besoin d’un dialogue européen et de solutions européennes pour les cinémas d’art et d’essai et les cinémas municipaux. Nous sommes des « îlots » d’intérêt général qui devraient pouvoir présenter le patrimoine cinématographique et donner une orientation aux spectateurs perdus dans la masse de films disponibles sur internet.

www.kommunale-kinos.de

Images (de haut en bas):
- Christiane Schleindl
- Filmhaus Nürnberg
- Kommunales Kino Pforzheim
- Kinoklub am Hirschlachufer Erfurt
- Kulturzentrum Linse Weingarten

Bastian Sillner, août 2011