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Actualités - 13/01/2009

 

Charlotte Giese, Danish Film Institute, directrice du département Enfants et jeunesse, Copenhague

 

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Le Danemark a l’un des systèmes de soutien au cinéma les plus complets d’Europe et les initiatives mises en place par le Danish Film Institute sont souvent observées par ses voisins européens. Les films pour les jeunes spectateurs ne sont pas en reste, puisque 25% des aides à la production leur sont statutairement dédiés. En moyenne, 6 films pour les jeunes spectateurs sont ainsi produits chaque année, ce qui est remarquable pour un pays de 5,4 millions d’habitants. Nous nous sommes intéressés ici aux actions mises en œuvre par le DFI vers le Jeune Public, en interrogeant la responsable de son département « Enfants et Jeunesse », Charlotte Giese.

Comment est né le département « Children and Youth » au sein du Danish Film Institute ? Quels sont ses missions et ses objectifs ?

L’aide à la production est au centre du système de soutien du Danish Film Institute (DFI), et de cette aide découlent les actions du DFI vers la distribution, le marketing, l’exploitation et l’éducation à l’image, toutes connectées entre elles.
Dans les années 90, l’éducation à l’image était loin d’être une priorité. Un « Centre du film pour les enfants et la jeunesse » est ainsi créé en 1998 au sein du DFI. Il s’agissait d’une part d’inscrire les actions d’éducation à l’image dans la continuité, de thésauriser nos connaissances sur le jeune public, et d’autre part de faire vivre les courts métrages et documentaires dont s’occupe le DFI. Le département, constitué à l’origine de 3 personnes, en comprend aujourd’hui 16, dont 6 s’occupent spécifiquement de FILM-X, un studio interactif de production de films faits par des enfants, mis en place en 2002. En 2007, le Centre a changé de nom et devient le « DFI Enfants et Jeunesse ».
La distribution des films soutenus repose en grande partie sur le système éducatif (écoles et bibliothèques). Nous permettons aux professeurs d’avoir un accès peu coûteux, voire gratuit, à des films pour les étudier en classe. Les enseignants peuvent télécharger sur notre site Internet des « guides d’études », matériel pédagogique sur des courts, longs métrages et documentaires.

L’éducation à l’image et aux médias est obligatoire au Danemark dans le cadre de l’enseignement de la langue danoise. Comment votre action vient-elle compléter cet enseignement déjà intégré dans les écoles primaires et secondaires ?

L’éducation à l’image devrait devenir réellement obligatoire et non plus être seulement intégrée à l’enseignement du danois. Il faudrait pour se faire que la coopération entre les Ministères de l’éducation et de la Culture soit plus efficace.
Les professeurs disposent rarement de la formation et des outils nécessaires pour pouvoir enseigner l’éducation à l’image. Notre travail est de déterminer quels contenus ceux-ci pourraient utiliser, et comment. Nous organisons ainsi des ateliers de formation pour les enseignants dans tout le Danemark (une bonne cinquantaine d’ateliers l’année dernière). Nous considérons que tous les professeurs devraient avoir accès à ce genre de formation.
Ce sont les écoles qui prennent en charge les formations des professeurs qui s’y inscrivent. Nous faisons la promotion de ces ateliers dans les magazines spécialisés dans l’éducation et les centres d’information et de formation pédagogiques régionaux, qui sont d’excellents relais d’information.

Quelle est la place de la salle de cinéma dans votre action ?

Je tiens à souligner que par « films pour enfants », nous entendons films qui peuvent être montrés à des enfants au sens large. Ils ne sont donc pas spécifiquement réalisés pour des enfants, et sont encore moins des films infantiles ou infantilisants.
A l’origine, nous nous sommes inspirés du modèle suédois en créant à son image un programme d’éducation à l’image, via la salle de cinéma, qui s’appuierait sur le système scolaire national. Notre programme a maintenant une existence concrète et s’adresse à toutes les classes d’âge, notamment aux tout petits (écoles maternelles, crèches,…), auprès desquels il a énormément de succès.
Nous avons constitué un important catalogue de films Jeune Public. Nous organisons deux fois par an des projections de films destinés à des scolaires et vendons à cette occasion 250 000 places de cinéma par an. Le public le plus difficile à atteindre est celui des adolescents. Certains enfants n’ont jamais été au cinéma et nous aimerions qu’un enfant assiste au moins à une projection en salle par an, puis, une fois cet objectif atteint, à deux projections par an.
Ces projections ont lieu dans des salles de cinéma partenaires de tout le pays. Nous leur présentons un répertoire de films le plus large possible, grand public et art et essai.
Nous sommes actuellement en train de réfléchir à la manière dont nous pourrions comptabiliser l’impact de ces séances sur le jeune public et sur leur fréquentation des salles de cinéma.

Parlez-nous des films que vous mettez à disposition des enseignants sur Internet et des accords passés avec les distributeurs de ces films.

A l’origine, nous visions à soutenir la distribution de films soutenus par le « National Film Board » et leurs copies en 16mm, 35mm, DVD, etc… Mais nous voulons remplacer totalement la distribution physique par le streaming : les professeurs ont d’ores et déjà un accès en streaming à des courts et des documentaires (qui ont été soutenus par le DFI) et quelques longs métrages (surtout des classiques) depuis la plateforme www.filmstriben.dk . Cela représente un catalogue de plus de 500 films, qui reçoivent une aide à la production du Danish Film Institute.
Lors de l’attribution de cette aide, il est convenu avec les producteurs que le DFI pourra bénéficier des droits de diffusion non commerciaux pour une utilisation dans un cadre scolaire. Nous acquérons ces droits pour une cinquantaine de films par an.
Pour certains films, les producteurs souhaitent tout de même un support matériel, même s’ils sont disponibles en streaming. Ils peuvent obtenir une aide pour la production de ce support.
Je précise que tout ceci concerne surtout les courts et les documentaires. Pour les longs métrages, les Ministères de la Culture et de l’Education sont depuis des années en pourparlers.

Quelle importance accordez-vous aux festivals ?

Le Buster Film Festival, principal festival pour enfants, a été créé par le DFI et vole aujourd’hui de ses propres ailes. Nous coopérons également avec deux autres festivals : le CPH:DOX (documentaires) qui commence à programmer des films pour le jeune public et de plus en plus de séances pour les scolaires ; et le festival de films courts d’Odense, qui a maintenant une section destinée aux enfants.
J’en profite pour mentionner la prochaine tenue à Copenhague, du 16 au 26 avril, du premier CPH :PIX, né de la fusion du NatFilm et du festival international de Copenhague.

Emilie Boucheteil
(avec Jean-Baptiste Selliez)
Janvier 2009

www.dfi.dk

www.buster.dk - www.cphdox.dk - www.cphpix.dk - www.filmfestival.dk

Images (de haut en bas): Charlotte Giese, Fighter, Max Pinlig, Frode og alle de andre rodder

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